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Tout savoir sur les perroquets

8 Avril 2020

(Photo : Ara rouge ou ara macao - AngieToh - Pixabay - CC0)

Fidèle rapporteur et vigie perchée sur l’épaule du pirate de L’Île au Trésor, oiseau au plumage coloré évoquant quelque paradis exotique, merveilleux acrobate imitateur qui enchante petits et grands, compagnon attachant à l’intelligence remarquable ou encore petit filou capable de discuter avec une enceinte connectée et passer des commandes de fruits ou de cerf-volant (!) sur un site web de vente en ligne : le perroquet est un volatile qui amuse et fascine l’être humain depuis bien longtemps mais le connaissez-vous vraiment ?

Après avoir évoqué la classification et les différentes familles de perroquets, leurs caractéristiques et leur comportement, nous nous intéresserons à certaines espèces remarquables avant de nous pencher sur leur intelligence et poser quelques questions à Amandine DIOTcomportementaliste spécialiste des perroquets qui leur a consacré un ouvrage.

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DU ARA A LA PERRUCHE, LA GRANDE FAMILLE BIGARREE DES PERROQUETS

(Photo : Perruche à Tête Prune (Asie - Inde et Sri-Lanka) © Julien PIERRE)

Dans le langage courant on parle de perroquets pour désigner quelques espèces spécifiques ou au contraire l’ordre entier des Psittaciformes (les ‘becs crochus tropicaux’) auquel ils appartiennent, une confusion que l’on retrouve d’ailleurs dans la classification complexe des plus de 350 espèces existantes, un quasi casse-tête régulièrement révisé selon les nouvelles découvertes scientifiques et faisant osciller le regroupement de 2 à 4 familles.

Sur Anigaïdo nous avons pris le parti de rester sur une classification en 3 familles qui n’est plus forcément à jour mais permet d’inclure un maximum d’espèces dont certaines qu’il aurait été dommage d’ignorer. Pour info, une autre classification plus actuelle distingue 4 familles : les Psittacidés, les Cacatuidés, les Psittaculidés (qui élargit la famille des Loriidés aux inséparables, coryllis, micropsittes, palettes, perruches et psittacules) et les Strigopidés (perroquets de Nouvelle-Zélande).

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LES PSITTACIDES : ARAS, PERROQUETS, AMAZONES ET PERRUCHES

(Photo : Ara de Buffon (Amérique Centrale et Amérique du Sud) - En Danger © Thomas PIERRE)

Commençons par la plus importante des 3 familles, celle des Psittacidés, qui regroupe plus de 260 espèces présentes dans toutes les régions tropicales de l’hémisphère sud. Quelques caractéristiques des membres de cette famille : une grosse tête et un petit cou, un bec costaud et crochu avec la mandibule supérieure articulée, des pieds munis de 2 doigts à l’avant et 2 à l’arrière et une longévité remarquable. Parmi les Psittacidés on trouve les perroquets proprement dits, les aras, les perruches et les amazones mais aussi les loricules (14 espèces que l’on trouve de l’Himalaya à la Papouasie-Nouvelle-Guinée et qui ont la particularité de se suspendre tête en bas), les éclectus (oiseaux présents en Asie du Sud-Est, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et sur la pointe Nord-Est de l’Australie et chez qui mâle et femelle ont des plumages si différents qu’on a un temps pensé qu’il s’agissait d’espèces distinctes), les inséparables (Afrique), les touis (petits perroquets à queue courte et gros bec court et crochu), les caïques (divers Psittacidés de genres différents) ou encore les conures (30 espèces d’oiseaux grégaires très colorés d’Amérique du Sud et Centrale).

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LES LORIIDES : LORIS ET LORIQUETS

(Photo : Lori écarlate (îles d'Asie du Sud Est et d'Océanie) - Pixabay - Arulonline - CC0)

On compte plus de 50 espèces de loris et loriquets, oiseaux colorés au bec nettement plus petit que ceux des Psittacidés et qui ont la particularité d’avoir une langue qui se termine en forme de brosse et leur permet de lécher le fond des fleurs pour se nourrir de pollen et de nectar.

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LES CACATUIDES : CACATOES ET CALOPSITTE

(Photo : Calopsitte élégante (Australie) - Pixabay - Joshua_Willson - CC0)

La petite vingtaine d’espèces de la famille des Cacatuidés ont en commun une huppe érectile sur la tête et un bec puissant qui chez les plus grands représentants peut briser une noix. La calopsitte élégante (Nymphicus hollandicus), aussi appelée perruche nymphique, est la naine de la famille. Plus petite espèce parmi les cacatoès, elle mesure 32 cm de long pour un poids de 90 gr et est la seule de cette famille à avoir une queue pointue. Oiseau courant en captivité où elle revêt des colorations très variées, ses couleurs demeurent en revanche toujours les mêmes à l’état sauvage avec le mâle à huppe jaune et la femelle à huppe grise.

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CARACTERISTIQUES DES PSITTACIFORMES

(Photo : Cacatoès à huppe jaune (Océanie) - Pixabay - harisnurtanio - CC0)

On peut dresser un portrait type des oiseaux de l’ordre des Psittaciformes même si certaines espèces ne cochent pas forcément toutes les cases. Ils ont donc généralement un plumage épais et luisant aux couleurs parfois flamboyantes (mais pas toujours). Autre point commun entre ces espèces, leurs pattes agiles que beaucoup savent utiliser comme des mains pour porter de la nourriture à leur bouche et leur grosse tête munie d’un gros bec crochu et flexible qui sert de troisième membre pour saisir ou manipuler des objets. Enfin ce sont majoritairement des espèces avec des ailes étroites et pointues plutôt douées pour le vol mais qui ne migrent pas (ou peu). Quant à la légendaire capacité des perroquets à imiter des sons et des bruits (dans la nature, ils imitent le chant d’autres oiseaux !), elle ne concerne en réalité qu’un petit nombre d’espèce dont le plus connu est le perroquet gris du Gabon aussi appelé jaco.

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COMPORTEMENT DES PSITTACIFORMES

(Photo : Inséparable rosegorge (Afrique) - saragraphika - Pixabay - CC0)

La plupart des Pisttaciformes sont des oiseaux sociables qui vivent en groupes sans notion de hiérarchie mais avec des liens forts entre individus, la dimension affective et émotionnelle chez ces oiseaux étant d’ailleurs une clé pour comprendre leur comportement comme le souligne Amandine sur son site dédié aux perroquets www.mon-perroquet.fr. La monogamie est également une caractéristique largement répandue chez les perroquets et consorts qui forment des couples à vie rendus célèbres par les inséparables – dont on dit que le partenaire se laisse mourir si l’autre décède.

Pour communiquer et collaborer entre eux, les individus d’un groupe utilisent toute une gamme de cris, appels et vocalises qui leur permettent de rester en contact lorsqu’ils sont par exemple disséminés dans la dense végétation des forêts tropicales – l’habitat de prédilection d’un grand nombre d’espèces – ou quand une partie du groupe descend au sol chercher de la nourriture pendant qu’une autre monte la garde en hauteur pour signaler tout danger potentiel.  

Enfin la majorité des perroquets sont exclusivement végétariens et se nourrissent de fruits, de graines, de nectar et pollen (les loris), de fleurs ou encore de noix que les espèces aux becs puissants comme les aras ou les cacatoès savent briser. Pour neutraliser les toxines contenues dans certains végétaux, des espèces comme le ara rouge complètent leur alimentation par un complément de sels minéraux en ingérant de l’argile qu’ils raclent avec leur langue sur des falaises.

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LES PERROQUETS DES AMERIQUES

(Photo : Amazone aourou (Amérique du Sud) - alvaroas8a0 - Pixabay - CC0)

Il existe une grande variété d’espèces de perroquets en Amérique Centrale et en Amérique du Sud dont les plus connus sont sans doute les aras, terme générique désignant une vingtaine d’espèces de grands perroquets au gros bec puissant et aux plumages colorés qui vivent essentiellement dans la canopée des forêts tropicales. Du magnifique ara hyacinthe au célèbre ara militaire au beau plumage vert et front rouge (et sa version XL le ara de Buffon), les aras incarnent la représentation typique du perroquet et leur popularité demeure grâce à des dessins-animés comme ‘Rio’ qui en 2011 alerta sur le sort du ara de Spix, oiseau disparu à l’état sauvage qui fait l’objet d’un ambitieux plan de réintroduction dans la nature. Autres représentantes de la famille des Psittacidés, les amazones sont des perroquets néotropicaux dont la vingtaine d’espèces sont non seulement présentes en Amérique du Sud (l’amazone à front bleu) mais se déclinent aussi en versions insulaires comme l’amazone d’Espanola (Amazona ventralis) présente en Haïti et en République Dominicaine où elle a le statut d’espèce ‘Vulnérable’ ou l’amazone de Guilding (Amazona guildiguii) aussi appelée amazone de Saint-Vincent car ses quelques 300 à 1.000 individus sauvages sont endémiques de l’île principale de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Mentionnons enfin l’étonnante Perruche de Patagonie (Cyanoliseus patagonus) qui a la particularité de défier la rudesse du climat de cette région située tout au Sud du continent sud-américain en nichant dans le désert de Patagonie et en hivernant dans les pampas.

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L’ARA MACAO OU ARA ROUGE

(Photo : Ara rouge - Pixabay - AngieToh - CC0)

Aussi appelé ara rouge, l’ara macao (Ara macao) a un magnifique plumage rouge dont le dessus des ailes est ponctué de jaune, de vert et de bleu ; à noter d'ailleurs que cette touche jaune permet de le différencier du ara chloroptère (Ara chloropterus) qui lui ressemble beaucoup mais a des ailes rouges, bleues et vertes. Les joues du ara macao sont blanches et il a un gros bec puissant blanc (mandibule supérieure) et noir (mandibule inférieure). C’est de son unique cri ‘ara-ara’ que les aras ont hérité leur nom. Vivant exclusivement dans la canopée des forêts tropicales humides qui concentre la majorité de ses ressources alimentaires, il niche dans les trous des arbres. C’est un grand perroquet qui mesure jusqu’à 90 cm de long et peut peser jusqu’à 1,5 kg. On le trouve du Mexique à la Bolivie et il vit 50 ans en moyenne.

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LES PERROQUETS D’AFRIQUE

(Photo : Perruche à collier- Pixabay - sarangib - CC0)

Comparativement, il semble que le continent africain et les îles environnantes sont moins bien dotés en perroquets que l’Amérique du Sud notamment. On trouve pourtant dans ces régions des espèces remarquables et bien connues au premier rang desquelles le célèbre gris du Gabon mais aussi le youyou du Sénégal (Poicephalus senegalus), petit perroquet de 26 cm de long au plumage vert, ventre jaune-orange à rouge et tête grise qui vit dans les savanes arborées d’Afrique subsaharienne, et la perruche à collier (Psittacula krameri) au plumage vert, corps élancé, collier rose et bec rouge qui vit dans les plaines et prairies et zones cultivées en Afrique et en Asie ainsi qu’en Europe et en Amérique du Nord où elle a été introduite. On trouve également des espèces moins connues comme le perroquet robuste (Poicephalus robustus) ou perroquet du Cap qui ne compte plus que 1.200 individus maximum à l’état sauvage concentrés au  Sud-Est de l’Afrique, les perroquets vasas (genre Coracopsis), 3 espèces de perroquets à plumage sombre uni de 40 à 50 cm de long qui vivent à Madagascar, aux Comores, à Maurice et aux Seychelles, ou encore 9 espèces d’inséparables, petits oiseaux de 15 cm de long et 50 gr connus pour former un couple à vie et qui vivent dans le Sud de l’Afrique et à Madagascar.

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JACO LE GRIS DU GABON

(Photo : Gris du Gabon © Julien PIERRE)

Avec ses yeux jaunes et son plumage gris et queue rouge à brun foncé, ses 33 cm de long et ses 400 grammes, il n’a clairement ni l’envergure ni le sex-appeal de ses cousins américains et pourtant, le perroquet gris d’Afrique (Psittacus erithacus), aussi appelé gris du Gabon ou encore Jaco est probablement le plus fascinant et le plus intelligent de toutes les espèces de perroquets. Ses incroyables capacités à entre autre imiter les sons et la parole humaine en ont fait le principal sujet d’étude sur l’intelligence des perroquets. On trouve le gris du Gabon dans les sous-bois des forêts pluviales et les forêts humides d’altitude mais aussi à proximité des exploitations agricoles sur une bande allant de la Côte d’Ivoire à l’Ouest au Kenya à l’Est. Victime de son succès, l’espèce est malheureusement aujourd’hui considérée comme ‘En danger’ à l’état sauvage.

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LES PERROQUETS D’ASIE ET D’OCEANIE

(Photo : Grand éclectus avec le mâle vert et la femelle pourpre - Pixabay - Hans - CC0)

Les perroquets sont peu représentés sur le continent asiatique à l’exception notable des loricules qu’on appelle également coryllis. Les quatorze espèces de ces petits perroquets d’une quinzaine de cm de long à queue courte et front bombé se répartissent de l’Himalaya à la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ils sont munis de petits becs crochus et ont tous en commun un plumage à dominante verte qui se décline ensuite avec des taches et nuances de couleurs vives propres à chaque espèce. En anglais, les coryllis sont appelés ‘hanging parrots’ soit les ‘perroquets qui se suspendent’ : ils ont en effet cette particularité unique chez les oiseaux de dormir suspendus la tête en bas !

L’Océanie, région du monde comprenant l’Australie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande, est par contraste avec l’Asie un véritable paradis pour les Psittaciformes qui s’y déclinent en un très grand nombre d’espèces et les 3 familles de l’ordre y sont d’ailleurs représentées (voire les 4 si on considère les Strigopidés comme une famille à part). Les Psittacidés sont représentés entre autre par l’euphème resplendissante (Neophema splendida) ou perruche splendide d’Australie, la perruche ondulée très commune et originaire des zones arides d’Australie, la perruche pygmée (10 cm de long) de Nouvelle-Guinée qui se nourrit d’insectes en piquant l’écorce des arbres à la manière des pics ou encore le très coloré grand éclectus (Eclectus roratus) dont le mâle vert vif à zones rouges et bec orange et la femelle à bec noir et plumage à dominantes rouges vif (tête), collier bleu et corps carmin sont si différents qu’on a un temps pensé qu’il s’agissait d’espèces distinctes. La famille des loris et loriquets compte également divers représentants colorés présents en Australie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les îles environnantes : loriquet papou, loriquet arc-en ciel aux couleurs vives, etc… 

Enfin l’Océanie est la seule région du monde où l’on trouve la 3ème famille des Psittaciformes à savoir celle des Cacatuidés, les fameux cacatoès qui arborent une imposante crête de plumes sur la tête qu’ils dressent lorsqu’ils ressentent des émotions (curiosité, excitation, peur, etc), sans oublier la perruche calopsitte qui comme son nom ne l’indique pas fait pourtant bien partie de la famille des cacatoès – elle en est même la plus petite représentante avec ses 32 cm de long. Il existe une vingtaine d’espèces de cacatoès dont les représentants les plus connus sont le cacatoès à huppe jaune et le galah ou cacatoès rosalbin, deux espèces qui abondent en Australie au point d’y être considérées comme envahissantes.

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STRIGOPIDES, LES ALIENS DE NOUVELLE-ZELANDE

(Photo : Perroquet kaka - Flickr - Paul Stewart - Domaine public)

Au Sud-Est de l’Australie et aux confins de l’Océanie, on trouve la Nouvelle-Zélande, un pays entièrement insulaire qui se compose de deux îles principales et d’une myriade de petites îles. Reliefs marqués et climat océanique, c’est une région isolée cernée de toutes parts par la mer (Mer de Tasman à l’Ouest) et l’Océan (Austral au Sud, Pacifique à l’Est). L’isolement de ces territoires a participé au développement d’une flore et d’une faune endémiques. On pense notamment au kiwi, ce drôle de petit oiseau terrestre symbole du pays, mais également aux représentants néozélandais de l’ordre des perroquets pour lesquels une famille distincte a carrément été créée : celle des Strigopidés. Plusieurs représentants de la famille ont déjà disparu et ne subsistent à ce jour que trois espèces de ces perroquets primitifs : le perroquet kaka aussi appelé nestor superbe (Nestor meridionalis, espèce ‘En danger’), le kéa et le kakapo.

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LE KAKAPO, UN DES OISEAUX LES PLUS MENACES AU MONDE

(Photo : Kakapo (Nouvelle-Zélande) - Flickr - Department of Conservation - CC BY 2.0)

Le kakapo (Strigops habroptilus), aussi appelé perroquet-hibou ou encore strigops kakapo, est un des oiseaux les plus rares au monde et l’un des plus menacés. C’est le plus lourd des perroquets avec un poids moyen de 2 kg et ses petites ailes rondes ne lui permettent plus de voler. Cette espèce très primitive vit la nuit, se nourrit au sol et fouille le sol pour en extraire les tiges souterraine de plantes vivaces qu’il broie avec son bec. Il reste seulement 100 à 150 kakapos et tout est fait pour tenter de favoriser sa reproduction, y compris tricher un peu en remplaçant ses œufs placés en couveuse par des faux pour tenter d’améliorer la survie de l’espèce. Espèce étonnante qui peut vivre 90 à 120 ans, il est célèbre notamment pour les sérénades des mâles capables de crier non-stop des nuits durant pour attirer une femelle.

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LE NESTOR KEA, GROS PERROQUET CURIEUX DES MONTAGNES

(Photo : Nestor kéa - Pixabay - Makalu - CC0)

Quant au nestor kéa (Nestor notabilis), c’est un perroquet au long bec pointu et un plumage vert olive aux plumes détourées de noir qui vit dans les zones montagneuses de l’île du Sud. Il a des pattes costaudes pour fouiller le sol et s’avère très curieux de son environnement. Il a une allure trapue, mesure 50 cm de long et pèse dans les 800-900 gr. Son régime alimentaire est assez varié et il est notamment le seul perroquet charognard qui utilise son bec pointu pour déchirer la chair. Espèce en déclin classée ‘En danger’ par l’UICN sa population est estimée à environ 4.000 individus à l’état sauvage.

LES PERROQUETS, DES ESPECES MENACEES ET PARFOIS ENVAHISSANTES

(Vidéo : France24 sur Youtube - Au Cameroun des vétérinaires recueillent des perroquets blessés et orphelins)

On estime aujourd’hui qu’au moins un quart des espèces de perroquets est menacé, notamment victimes du déboisement de leur habitat de prédilection (la forêt tropicale), d’une maladie redoutable et transmissible à l’homme (la psittacose) et de leur succès comme animaux de compagnie qui génère braconnage et trafic illégal alors même que ce sont des espèces protégées. Comme on l’a vu certaines espèces sont au bord de l’extinction comme le ara de spix ou le kakapo voire ont même déjà carrément disparu comme la perruche de la Caroline (Conuropsis carolinensis) plus connue sous le nom de conure à tête jaune, un gracieux perroquet qui vivait aux Etats-Unis avant d’en être totalement éradiqué jusqu’à extinction complète en 1914 car elle était accusée de piller les cultures.

A contrario de ces espèces, d’autres se portent très voire trop bien au point d’en devenir envahissantes. Par leur intelligence, leur adaptabilité et leur vie en groupes organisés, elles se reproduisent à grande vitesse et colonisent de nouveaux habitats à l’image de certaines espèces de perruches et de cacatoès qui infligent de sérieux dégâts aux cultures en Australie ou s’organisent en bandes pour piller les poubelles des villes (cacatoès à huppe jaune à Sydney). Youyous du Sénégal à Barcelone et à Bruxelles ou perruches à collier à Madrid, à Paris ou en Amérique du Nord : des populations issues de certains individus relâchés ou échappés se sont également bien acclimatés à l’environnement urbain au point d’y devenir envahissantes !

L’INTELLIGENCE DES PERROQUETS

(Vidéo : Le Monde de Jamy sur Youtube - 'L'intelligence de Figaro le cacatoès')

Comme le note Amandine sur son blog, on estime les capacités cognitives d’un perroquet équivalentes à celles d’un enfant humain de 4-5 ans et au classement de l’intelligence dans le règne animal, le perroquet arrive en 3ème position derrière le chimpanzé et le dauphin ! Et si finalement en matière d’intelligence il n’y avait pas que la taille (du cerveau) qui comptait ? C’est que même si le cerveau est plus petit chez les oiseaux que chez les mammifères, la zone dédiée à l’intelligence est proportionnellement de même importance

Et chez les perroquets, en particulier le gris du Gabon, les preuves d’intelligence sont multiples, notamment documentées par Irène PEPERBERG et son célèbre jaco nommé Alex comme le rappelle Amandine. Le partenaire à plumes de la chercheuse américaine a ainsi montré qu’il était capable d’apprendre plus de 1.000 mots, comprendre des nuances de langage (plus, moins, etc..), compter jusqu’à 6, résoudre des problèmes complexes ou encore identifier des formes et des couleurs.

D’où viennent les formidables aptitudes des perroquets ? Si on s’intéresse à la reproduction des sons et leur don d’imitation de la voix humaine, notons que les espèces les plus aptes à cette pratique comme le gris du Gabon et l’ararauna (le ara bleu) sont des oiseaux qui n’ont pas de cordes vocales mais sont dotés d’un organe équivalent à la base de leur trachée et qui se nomme la syrinx (la flûte de Pan dans la mythologie). Grâce à celle-ci ils ont la capacité d’articuler et modeler les sons avec leur langue souple. Comprennent-ils pour autant ce qu’ils disent ?

C’est là que les connaissances d’Amandine nous éclairent : un perroquet ne cherche pas tant à donner du sens à ce qu’il dit qu’à provoquer une interaction sociale, interpeller son entourage et entretenir le contact avec ses proches. Dans la nature les perroquets sont des animaux éminemment sociaux qui passent leur temps à communiquer avec leur pairs, développant même des dialectes aux nuances régionales voire un cri unique et spécifique partagé par le seul couple chez la perruche callopsitte.

L’intelligence unique des perroquets est donc probablement le fruit de la combinaison de cette aptitude à communiquer avec leur vie en groupes collaboratifs soudés, leurs prédispositions à apprendre et leur capacité à utiliser leurs pattes et leur bec de manière coordonnée pour se fabriquer des outils.

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COMPRENDRE SON PERROQUET : INTERVIEW AMANDINE DIOT

(Photo : © Amandine DIOT)

Amandine DIOT est comportementaliste spécialiste passionnée des oiseaux. Elle nous parle aujourd’hui avec passion de ses chouchous les perroquets auxquels elle a déjà consacré un ouvrage  et un site web très complet qui s’adressent notamment aux propriétaires de perroquets désireux de mieux connaître leurs compagnons à plumes et décoder leur comportement. 

Interview : 

Bonjour Amandine, quelles seraient tes premières recommandations à quelqu’un qui souhaiterait adopter un perroquet ?

Amandine DIOT : Ma première recommandation est de bien préparer cette adoption en amont : choisir une espèce adaptée à sa situation de vie (famille, célibataire…) et du temps que nous pouvons lui accorder quotidiennement. Mais aussi se renseigner en amont sur les besoins quotidiens (alimentation, soins, enrichissement, installation…) et comportementaux de cette espèce. Malheureusement, cette méconnaissance représente les ¾ de personnes qui me contactent car ils souhaitent se séparer de leur compagnon à plumes. Donc plus cette adoption sera préparée, mieux vous comprendrez votre perroquet et plus votre relation sera épanouie.

Qu’est-ce-qui selon toi fait l’intelligence des perroquets ?

AD : Les perroquets sont incroyablement intelligents mais je pense que leur plus grand atout est de savoir utiliser leurs atouts au bon moment :

  • leur intelligence leur permet de résoudre des problèmes complexes et d’utiliser des outils ;
  • leur mémoire leur permet d’adapter leur comportement à venir en fonction des résultats de leurs actions passées ;
  • leur empathie leur offre une grande valeur sociale ;
  • et leur audace repousse les limites fixées !

Eux seuls savent doser et utiliser chacune de leurs qualités et ce au moment adéquat, c’est je pense ce qui fait leur intelligence.

J’ai noté qu’à un moment tu évoques sur ton site le fait qu’un perroquet ne doit en aucun cas être éduqué comme on le ferait avec un chiot par exemple. Quelles sont les spécificités des perroquets en matière d’éducation ?

AD : Les perroquets se différencient sur beaucoup de caractéristiques comportementales liées à l’espèce, que l’on nomme éthogramme, des chiens. Tout d’abord parce que ce sont des espèces proies d’où leur côté grégaire, leur aversion pour le conflit… mais aussi car ils ne fonctionnent pas sur le principe de hiérarchie donc la dominance pour eux ne veut rien dire, c’est pour cela que le renforcement positif fonctionne à merveille pour éduquer un perroquet.

Qu’est-ce qui d’après toi fait un perroquet heureux ?

AD : Si vous souhaitez rendre votre perroquet heureux, c’est simple : occupez-vous de lui ! Il doit participer à vos activités : être avec vous lorsque vous cuisinez, lorsque vous êtes en train de lire ; il faut aussi jouer avec lui, l’occuper sinon il fera des bêtises pour attirer votre attention ! Un perroquet en bonne santé est aussi un perroquet heureux : un perroquet n’est pas fait pour manger des graines sèches à longueur de vie, il a besoin de fruits et légumes frais, de graines germées, de légumineuses et de céréales…

Pour finir, as-tu une ou deux anecdotes marrantes à nous raconter au sujet de nos amis, par exemple des comportements qui t’ont surprise et amusée ?

AD : Les perroquets qui savent comment faire accourir leur propriétaire en quatrième vitesse me plaisent affreusement ! J’adore leur audace et leur intelligence ! Imaginez-vous, vous êtes grandement affairé à vos occupations, rien ne peut vous déranger…. La sonnerie du téléphone retentit, alors vous abandonnez votre activité pour courir répondre avant que le répondeur ne prenne le relais, et lorsque vous arrivez dans la cuisine vous constatez que votre portable n’a absolument pas sonné, mais à la place vous trouvez votre perroquet imitant un rire démoniaque ! Voilà comment attirer l’attention en toute finesse !!!

 

Amandine DIOT propose des consultations physiques ou par visioconférence aux propriétaires de perroquets pour les aider à comprendre le comportement et les besoins de leur compagnon et mieux communiquer avec eux. Amandine intervient également comme formatrice pour les futurs soigneurs animaliers et propose également des initiations à la fauconnerie ouvertes à tous. Plus d'infos sur son site mon-perroquet.fr.

Sur le sujet des oiseaux on vous conseille aussi le site www.oiseaux.net, très complet et utile pour une identification précise des espèces.

Crédit article : Julien PIERRE avec la collaboration d'Amandine DIOT

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