Guide pour sorties très bêtesEspace membre
 - Image 2

Les animaux venimeux : insectes, myriapodes & arachnides

10 Avril 2021

(Photo : Mygale Theraphosa stirmi © Thomas PIERRE ; cette mygale que l'on trouve au Guyana en Amérique du Sud est une des plus grosses espèces connues avec la mygale de Leblond. Sur cette photo, on voit bien ses soies sensorielles qui lui permettent de percevoir son environnement. Elle est dotée de soies urticantes  en forme de harpon sur son abdomen, qu'elle projette pour se défendre. Elle possède également des crochets à venin.)

Certaines espèces animales ont la capacité de sécréter des substances toxiques qu’elles vont prioritairement utiliser de manière offensive dans la fonction de nutrition pour paralyser ou tuer leurs proies puis dans leur digestion, mais parfois aussi comme arme de dissuasion pour se défendre contre des prédateurs.

Qu’il s’agisse d’un venin puissant qui paralyse leurs proies, d’une substance acide projetée à la face d’un assaillant ou d’un liquide nauséabond censé couper l’appétit d’un prédateur, il existe de nombreuses espèces d’insectes, arachnides et myriapodes qui sécrètent des substances toxiques pour attaquer et/ou se défendre. La grande diversité de ces substances produites par des arthropodes allant de la punaise à la fourmi ‘balle de fusil’ en passant par les scorpions ou les guêpes, et leur utilisation variée, de manière active ou passive, brouille même parfois la frontière entre espèces venimeuses et espèces vénéneuses.

Anigaïdo vous propose de rapetisser le temps d’un article pour nous pencher sur le cas de quelques insectes, arachnides et myriapodes venimeux, avec à la fin de ce dossier les interviews exceptionnelles de l’équipe du Muséum d’Histoire Naturelle de Tours (qui présente une extraordinaire exposition vivante sur les araignées jusqu’en Janvier 2022) et de Christine ROLLARD du Muséum National d’Histoire Naturelle, une des références européennes sur les araignées. Christine a d’ailleurs activement participé à la relecture de ce billet pour l’enrichir de ses corrections et commentaires et nous reprendre quand nous versions dans le cliché, l’inexactitude  ou l’erreur : un immense merci à elle !

 - Image 2

A QUELS ORDRES APPARTIENNENT LES INSECTES VENIMEUX ?

(Photo : Poliste française (Pollistes gallicus) © Ghislain BOURQUIN ; une guêpe commune reconnaissable à ses antennes jaune-orange.)

Dans l’immense classe des insectes et ses plus de 1 million d’espèces identifiées à ce jour, il apparaît qu’en réalité la capacité à produire du venin et à l’inoculer se limite finalement à quelques ordres dont les deux plus connus sont les hyménoptères, intégrant les guêpes, abeilles et frelons qui portent un aiguillon ainsi que les fourmis (famille des formicidés) plutôt mordeuses, et les lépidoptères communément appelés papillons, qui comptent dans leurs rangs certaines espèces qui au stade de chenille ont la capacité de produire des toxines parfois redoutables. On peut y rajouter certaines punaises carnassières de la famille des Réduviidés (ordre des hémiptères) ainsi que les fourmilions (ordre des Neuroptères), qui au stade d’imago donnent des insectes qui rappellent la libellule mais qui au stade larvaire sont ces redoutables prédateurs cachés dans un trou sablonneux en forme de cône inversé façon Sarlacc dans Star Wars. Ils réduisent en bouillie les fourmis qui y tombent avec leurs redoutables mandibules en forme de pince. Celles-ci sont dotées d'un canal relié à des glandes à venin qui va dans un premier temps inoculer un venin paralysant puis des enzymes digestives avant ensuite de leur servir à aspirer l’intérieur liquéfié de leur proie.

 - Image 2

IL EXISTE UNE ESPECE DE SCARABEE VENIMEUX ?!??

(Photo : 'Scorpion beetle', le 'scarabée-scorpion' (Onychocerus albitarsis) - Wikimedia Commons - By Antonio L. Sforcin Amaral - Own work, CC BY-SA 4.0)

Avant de nous pencher sur le cas des hyménoptères et lépidoptères venimeux, citons le cas particulier de Onychocerus albitarsis, un scarabée sud-américain étrange qui appartient à la famille des capricornes et fait figure d’exception parmi ses congénères coléoptères car il est équipé de d’organes produisant du venin, des dards situés au bout de ses longues antennes ! Si comme le rappelle l’excellent site Passion Entomologie (avis aux fans de petites bêtes ;) on sait qu’il existe un grand nombre d’espèces de coléoptères capables de sécréter des substances dissuasives (incroyables coléoptères bombardiers qui balancent des jets de substance irritante depuis leur abdomen par réaction explosive !), la découverte de cet insecte unique dont le mécanisme venimeux rappelle celui des scorpions (on l'appelle même 'scorpion-beetle' en anglais soit le 'scarabée-scorpion') est un cas fascinant de convergence évolutive qui fait figure d’exception.

 - Image 2

LE CAS DES CHENILLES URTICANTES

(Photo : L'étrange chenille-chat (Megalopyge opercularis) - Brett_Hondow - Piaxabay - CC0.jpg )

Chez plusieurs espèces de papillons, les chenilles possèdent un appareil urticant, un système défensif pour les protéger. Quand elles se sentent menacées, elles peuvent projeter des micropoils modifiés présents sur leurs corps qui sont autant de petits dards enduits d’une toxine nommée thaumétopéine, une protéine urticante produite dans une glande spécialisée. Cette technique de projection de poils urticants n’est d’ailleurs pas sans rappeler les techniques de dissuasion de certaines mygales américaines de la famille des Theraphosidae à laquelle appartient la mygale à genoux rouges.

Mieux vaut éviter de se frotter à la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) assez commune en France et célèbre pour sa façon de se déplacer en files indiennes, car ses poils s’avèrent extrêmement urticants pour les humains et les mammifères en général, le fait de gratter la plaie libérant la toxine.

Chez le ver à soie géant (Lonomia obliqua) d’Amérique du Sud, aussi appelé taturana, les chenilles ont un mécanisme de défense similaire, avec cette fois un venin hémotoxique si puissant qu’il est potentiellement mortel pour l’être humain !

Outre ces deux espèces, on trouve dans la nature plusieurs autres papillons dont la chenille est dotée d’épines venimeuses. Parmi ces espèces étranges, citons la chenille-chat de Megalopyge opercularis, espèce nord-américaine couverte de longs poils soyeux ; ou l’étonnante chenille de la pyrale de la sorcière (sud des Etats-Unis), surnommée 'limace de singe' (Phobetron hipparchia) qui a sur le dos des appendices poilus très urticants rappelant les pattes d’une araignée !

 - Image 2

LES HYMENOPTERES : ABEILLES, GUEPES, FRELONS ET FOURMIS

(Photo : Le frelon européen (Vespa crabro) © Ghislain BOURQUIN ; malgré son allure et sa taille, il est moins agressif que la guêpe et pique surtout quand il est menacé près de son nid.)

Les hyménoptères forment un ordre des insectes qui compte à ce jour plus de 130.000 espèces identifiées dont les familles ou superfamilles des apidés (abeilles et bourdons), vespidés (guêpes et frelons) et formicidés (les fourmis sur lesquelles nous reviendrons plus tard).

Chez les Apidés, les femelles sont dotées d’un aiguillon relié à une glande à venin située dans l’abdomen. Si les ouvrières n’utilisent cette arme défensive qu’en dernier recours pour défendre la ruche car elles perdent leur dard en piquant et meurent dans la foulée, il en va autrement pour la reine de la colonie. La vie d’une matriarche reproductrice commence en effet dès la naissance par un combat sans pitié face à ses consoeurs et elle va utiliser son dard venimeux pour éliminer toutes ses rivales. Au passage et contrairement aux idées reçues, on notera que les femelles des bourdons, gros cousins poilus des abeilles qui ont la capacité unique chez les insectes de générer leur propre chaleur (endothermie), peuvent également piquer plusieurs fois sans mourir ce qu’ils font très rarement car ils sont de nature paisible.

Nettement plus intimidants, les guêpes et frelons peuvent piquer plus facilement si ils se sentent agressés, sans perdre leur dard plat, et leur piqûre s’avère souvent douloureuse avec parfois des conséquences selon la sensibilité des personnes et la quantité de venin injecté. Ces insectes font régulièrement partie de la liste des mal-aimés alors qu’ils jouent pourtant aussi leur rôle dans les écosystèmes : en se nourrissant de nombreuses larves d’autres insectes, de matières organiques et de cadavres, ils interviennent comme des régulateurs et des nettoyeurs de la nature.

 - Image 2

LE BUSINESS DU VENIN D’ABEILLE

(Photo : Abeilles mellifères (Apis mellifera) - PollyDot - Pixabay - CC0)

Si jusqu’à présent on exploitait des abeilles, en particulier de l’espèce la plus connue en Europe Apis mellifera, le miel, la cire ou encore la gelée royale (produite par les ouvrières pour nourrir les larves de la colonie), saviez-vous que le venin des abeilles fait également l’objet d’un intérêt économique grandissant ? Il a une action sur le système nerveux et s’il n’est pas directement mortel pour l’être humain, attention toutefois aux réactions allergiques qui concerneraient de 3 à 5 % de la population. Mais ce venin possède aussi diverses propriétés bénéfiques (bactéricide, bactériostatique, antifongique et antibiotique) qui sont recherchées voire exploitées dans le cadre d’un véritable business du venin d’abeille qui a même sa propre industrie en Chine ! S’il a effectivement une action d’anti-inflammatoire et de stimulation du système immunitaire, on dit aussi qu’il soulage les douleurs rhumatismales ou encore qu’il aurait des vertus arthrosiques... La thérapie par le venin d’abeille se développe mais demeure à ce jour une médecine parallèle non reconnue et à l’usage controversé.

 - Image 2

LE TOP 3 DES FOURMIS LES PLUS REDOUTEES !

(Photo : Fourmi rousse (Formica rufa sp.) © Ghislain BOURQUIN - Une fourmi rousse (sous-espèce indéterminée) monte la garde devant une colonie de pucerons dont elle apprécie le miellat  sucré et nourrissant ; la fourmi rousse des bois que l'on trouve en France n'a pas d'aiguillon mais elle possède des mandibules pour mordre et peut projeter un jet d'acide formique pour se défendre.)

Autre famille d’insectes comptant dans ses rangs des espèces venimeuses : les Formicidés, des Hyménoptères qui ne conservent leurs ailes que lors de l’essaimage des fourmis volantes où mâles et femelles (dont les nouvelles reines potentielles) s’envolent durant la période nuptiale. Parmi les quelque 12.000 espèces de fourmis aujourd’hui recensées, nombreuses sont celles qui infligent des morsures douloureuses (avec les mandibules reliées à une glande produisant une substance toxique) et d’autres sont également dotées d’un aiguillon au bout de leur abdomen, un dard relié à une glande à venin. Parmi elles, voici les 3 espèces assez redoutées !

La fourmi ‘balle de fusil’ (Paraponera clavata) est considérée par beaucoup comme l'un des insectes les plus dangereux du monde car une seule de ses piqûres peut provoquer un évanouissement en moins de 10 minutes. La douleur ressentie est similaire à celle d'un impact de balle (d'où son nom) ou d'un coup de marteau. Le venin de cette fourmi peut provoquer dans les cas les plus marqués des frissons, des sueurs, des palpitations, une perte de sensation et des difficultés respiratoires. Malgré l'immense douleur ressentie par la victime, la piqûre n’est généralement pas mortelle, sauf si elle provoque une réaction allergique extrême appelée choc anaphylactique. Cette fourmi vit dans les forêts tropicales humides de quelques pays d’Amérique Centrale et du Sud.

La fourmi de feu (Solenopsis invicta) est une espèce envahissante originaire d’Amérique du Sud et aujourd’hui également présente en Amérique du Nord, en Australie ou encore en Asie où elle a été introduite accidentellement. Cette fourmi au tempérament agressif réactif mord et pique quand elle est dérangée, injectant un venin cytotoxique (= qui attaque et peut détruire les cellules) à l’aide de son dard après s’être accrochée à sa cible en la mordant avec ses mandibules.  

La fourmi moissonneuse Pogonomyrmex maricopa – qui au passage est d’un genre différent des autres fourmis dites moissonneuses (genre Messor du bassin méditerranéen) connues pour stocker graines et céréales - vit dans les Etats du sud des Etats-Unis et au Mexique. On considère que son venin, avec une dose létale de 0,12 mg/kg, est 25 fois plus puissant que le venin de la guêpe. A titre de comparaison, le venin de la veuve noire Latrodectus mactans a une dose létale de 0,9 mg/kg. Si trois piqûres de cette redoutable fourmi suffisent à tuer un rat de 500 grammes, elle n’est toutefois que rarement mortelle sauf pour les personnes les plus fragiles et celles sujettes aux réactions allergiques.

 - Image 2

LES MYRIAPODES OU MILLE-PATTES, CREATURES MULTIPLES

(Photo : Scutigère véloce © Julien PIERRE ; ce mille-pattes de maison fuit la lumière et les humains mais peut piquer.)

Parmi l’immense embranchement des Arthropodes, on trouve, parmi le groupe des antennates (aussi appelés mandibulates, dont les sous-embranchements des insectes et des crustacés font partie) les Myriapodes avec environ 13.000 espèces identifiées. Communément appelés mille-pattes, ce sont des créatures terrestres qui vivent dans la terre ou en surface dans des milieux combinant l’humidité et l’obscurité nécessaires à leur survie. Toutes en longueur, ce sont des bestioles très résistantes, souvent capables de survivre à la radioactivité ou dans des milieux extrêmes (voir le mille-pattes de la grotte de Movile) qui à chaque phase de croissance acquièrent un segment supplémentaire qui portera une ou deux paires de pattes. Leur tête est équipée d’antennes et d’une paire de forcipules (forme de mandibules) qu’ils utilisent pour se nourrir, soit en broyant végétaux et matières organiques en décomposition, soit en dilacérant leurs proies. Parmi ces derniers, on distingue les représentants de la classe des chilopodes dont les forcipules entourant la région buccale sont reliées à des glandes à venin.

Si dans les régions tempérées comme en France on connaît surtout la famille des lithobiidés (mille-pattes rougeâtres et aplatis mesurant entre 2 à 5 cm de longueur de corps, à la piqûre reputée douloureuse), les régions tropicales et subtropicales recensent plus de 400 espèces de représentants de la famille des scolopendridés, dont le venin peut provoquer oedèmes et nécroses, avec des douleurs parfois très marquées.

Alors que nous pensions que chez les myriapodes tropicaux, c'était surtout les espèces les plus petites qui infligeaient les piqûres les plus douloureuses, Christine nous précise au passage que ‘non, il y a des grosses scolopendres en particulier dans les petites Antilles qui peuvent aussi être potentiellement dangereuses !’.

 - Image 2

LES ARACHNIDES, UNE CLASSE DIVERSIFIEE PARMI LES ARTHROPODES

(Photo : Trombidion sp. © Ghislain BOURQUIN ; Les trombidions appartiennent au super-ordre des Acariens de la classe des arachnides.)

Au-delà des ordres les plus connus que sont les scorpions (ordre des Scorpionides comprenant environ 2.500 espèces) et les araignées (ordre des Aranéides renfermant près de 50.000 espèces), on trouve également chez les arachnides 8 autres ordres dont les pseudoscorpions, les solifuges, les scorpions à fouet (ordre des Uropyges avec une centaine d’espèces dont les vinaigriers, d’étranges créatures asiatiques qu’on croirait issues d’un croisement entre un scarabée à mâchoires et une araignée au corps aplati, aux pédipalpes en forme de pince avec une longue queue en forme de fouet et qui, comme certaines fourmis, envoient des jets d’acide dissuasifs), les amblypyges (de spectaculaires mais inoffensives créatures plutôt cavernicoles), les faucheurs (ordre des opilions) et un super-ordre, les acariens auquel appartiennent les tiques, que vous connaissez probablement.

 - Image 2

ARACHNIDES, UN VENIN POUR DIGERER

(Photo : Pholque phalangide (Pholcus phalangioides) en gros plan © Ghislain Bourquin ; zoom sur un habitant commun de nos maisons.)

Un grand nombre d’espèces d’araignées et de scorpions produit du venin qu'elles utilisent essentiellement pour chasser leurs proies et parfois se défendre. Ce venin a également pour ces animaux une action pré-digestive grâce aux enzymes qu’il contient et qui leur permet de commencer le travail de décomposition des tissus de la victime, ce qui va aider l’arachnide dans l’assimilation de son futur repas liquide.

Au-delà de la toxicité et la quantité du venin qui pourrait être injecté lors d’une morsure/piqûre, Christine précise : « Il faut garder à l’esprit que la majorité des espèces de ces arachnides n’ont pas des organes perforants de taille suffisante pour percer la peau humaine ! ». Epinglant notre tendance à appréhender les espèces animales d'un point de vue anthropocentré, elle ajoute : "Il faut comprendre que chez les arachnides venimeux, chaque espèce a un venin qui agit sur ses proies pour les manger et l'humain ne figure au menu d'aucune d'entre elle. On doit casser cette association 'venin = danger' pour l'Homme. L'idée même d'une échelle des espèces les plus venimeuses n'a pas lieu d'être, aucune espèce ne produisant un venin pour tuer des Hominidés. Et puis ce sont des créatures qui ne vivent pas à la même échelle que nous dans ce monde, plutôt dans des microhabitats !".

 - Image 2

2.500 ESPECES DE SCORPIONS RECENSEES A JOUR

(Photo : Scorpion velu du désert (Hadrurus arizonensis) © Thomas PIERRE)

Il existe environ 2.500 espèces de scorpions réparties en une vingtaine de familles. Avec leurs pédipalpes transformés en grosses pinces-mâchoires bien utiles pour la prise de proies, leur céphalothorax aplati et allongé doté de 8 pattes articulées et leur long abdomen effilé en queue se terminant par un aiguillon, les scorpions ont une silhouette caractéristique. Ils sont également en quelque sorte les vénérables anciens chez les arachnides, le plus vieux fossile trouvé jusqu’à présent a été daté d’environ 400 Millions d’années pour une créature évoquant un Scorpionide contre 305 Millions d'années pour les araignées. Au sujet des Euryptérides, parfois surnommés 'scorpions marins' et dont l'origine remonterait à l'ère de l'Ordovicien, Christine précise : "Ils se situent parmi les chélicérates qui renferment deux classes, les Arachnides et les Mérostomes. Et parmi ces derniers, il existe un ordre fossile, les euryptérides, et un ordre avec 5 espèces actuelles, les limules." (voir la fiche Anigaïdo de la limule).

 - Image 2

LES SCORPIONS : IMPRESSIONNANTS MAIS PAS SI DANGEREUX ?

(Photo : © Alain PLATEL - Deux scorpions sp. (empereurs ?) engagés dans un combat ou peut-être dans la fameuse danse nuptiale du scorpion, durant laquelle le mâle féconde la femelle en l'amenant sur le spermatophore qu'il a déposé au sol)

Les scorpions sont des animaux dont le venin contient un cocktail de neurotoxines ayant une action paralysante préalable à la mort de leurs proies. Il est intéressant à ce stade de préciser que le scorpion ne pique pas systématiquement ses proies, car sa réserve de venin est vite épuisée et qu’il met plusieurs jours à la reconstituer. En outre, c’est un animal qui voit très mal, une considération  qui fait réagir Christine : « Par rapport à qui ? Ils ont vision suffisante dans leur monde qui n’est pas le nôtre !! ». A l’instar de certaines araignées, il perçoit surtout son environnement grâce aux autres organes des sens (toucher, goût, ouïe et odorat) que la vision, en particulier à l’aide des soies sensorielles sur ses pattes et ses pinces. Enfin c’est un animal discret qui, en dehors de ses phases de chasse, passe beaucoup de temps à l’abri dans un refuge ou sous une pierre. Dans les déserts, où l’on trouve de nombreuses espèces, il recherche des refuges avec une légère humidité et ne se mettent souvent en chasse qu’à la faveur de la fraîcheur de la nuit.

Bien sûr la piqûre d’un scorpion, et particulièrement celle des espèces tropicales de petite taille, peut se révéler très dangereuse pour les personnes fragiles, allergiques ou affaiblies, mais concrètement il piquera surtout l’être humain pour se défendre quand il a été dérangé. Chez les scorpions, l’espèce considérée potentiellement comme l’une des plus dangereuses au monde est Leiurus quinquestriatus, le scorpion jaune de Palestine, membre de la famille des Buthidés et originaire d’Afrique et du Moyen-Orient. Ce petit scorpion jaune paille peut atteindre les 10 cm et se trouve notamment dans les milieux arides en Egypte et au Soudan.

Nous finirons ce chapitre dédié aux scorpions en rappelant ce conseil avisé qu’on donne aux personnes qui passent la nuit dans un milieu aride et rocailleux type reg ou garrigue : toujours vérifier le fond de ses chaussures avant de les enfiler au petit matin, histoire de ne pas mettre le pied sur un locataire indésirable qui y aurait élu domicile !

 - Image 2

DES ARAIGNEES POTENTIELLEMENT DANGEREUSES

(Photo : Araignée violoniste (Loxosceles rufescens) - jacinta lluch valero - Flickr - CC BY-SA 2.0, aussi appelée recluse brune)

Sur anigaido.com, nous sommes assez fascinés par les araignées et même si nous leur avons déjà consacré deux dossiers (voir notre article Anigaïdo sur les mygales ou celui sur les araignées des maisons et jardins), on pourrait encore écrire des pages et des pages à leur sujet.

Pour parler de quoi ? De leur grande diversité (plus de 49.000 espèces d’araignées présentes partout dans le monde 'même en Arctique !' dixit Christine), de leurs techniques de chasse parfois très créatives, de leur aspect intimidant ou encore de la réputation de certaines représentantes qui flirte avec les légendes urbaines !

En tête des citations anxiogènes dont le fondement scientifique est transformé, la veuve noire soi-disant à la piqûre mortelle (dont on dit qu'elle s’endort au plafond et vous tombe dessus quand vous dormez), l’araignée violoniste Loxosceles rufescens dont la morsure provoquerait systématiquement des nécroses (ah ces images de membres nécrosés qui pullulent quand on la google… « Encore faut-il se faire mordre par une aussi petite araignée ! » commente Christine), l’araignée banane (qui avait fait le voyage avec des fruits importés et qu’on a un jour retrouvée dans les rayons d’un supermarché), et Atrax robustus la mygale australienne, ou « Sydney funnel web spider » au redoutable venin qui se faufile dans les maisons des habitants de Sydney les jours de pluie… Des idées reçues largement répandues qui irritent quelque peu Christine, qui nous précise : « Le tout à prendre avec l’esprit critique et un certain recul sur la connaissance de la biologie de ces espèces et les risques très faibles de contact possible avec elles ! ».

 - Image 2

LA PAROLE AUX SPECIALISTES

(Photo : Une araignée sauteuse sp.© Ghislain BOURQUIN)

Pour parler des araignées, démêler le vrai du faux qui s’emmêlent parfois dans une toile inextricable et clore cet article dédié aux insectes et arachnides venimeux, laissons la parole à des passionnés amoureux des petites bêtes qui vont nous apporter leur éclairage et, pourquoi pas, finir par vous faire aimer ces créatures qui gagnent à être connues.

 - Image 2

CINQ QUESTIONS A CHRISTINE ROLLARD, ARANEOLOGUE AU MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE

(Photo : Christine ROLLARD © François Gilles GRANDIN)

Biologiste spécialisée dans l’étude des araignées, Christine ROLLARD est enseignante-chercheuse au Muséum National d’Histoire Naturelle. Devenue au fil du temps une référence européenne en la matière, elle participe à de nombreuses missions pour l’étude et la conservation des arachnides. Elle n’a de cesse de militer auprès du grand public pour une meilleure connaissance des araignées et a sorti plusieurs ouvrages dont le dernier ’50 idées fausses sur les araignées’ (2020) aux éditions Quae.

Interview :

Bonjour Christine, et merci de répondre à nos questions. Pouvez-vous présenter et nous parler de cette drôle de vocation pas commune : faire connaître et aimer les araignées !

Christine ROLLARD : Je suis enseignante-chercheuse, maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, biologiste spécialisée sur les araignées (aranéologue) depuis décembre 1988. L’étude de ce groupe zoologique n’est absolument pas une vocation mais un domaine de recherche que l’on m’a proposé au cours de mon cursus universitaire (j’ai fait une thèse de doctorat à Rennes sur les relations entre insectes et araignées), compétences qui m’ont ensuite permis d’obtenir un poste tout en se transformant en une passion avec cette envie de plus en plus marquée de diffuser mes connaissances sur ces animaux méconnus.

 - Image 2

CHRISTINE ROLLARD LUTTE CONTRE LA MAUVAISE REPUTATION DES ARAIGNEES

(Image : Couverture du dernier ouvrage en date de Christine ROLLARD '50 Idées fausses sur les araignées' aux éditions QAE)

Dans votre dernier ouvrage, vous confrontez la réalité scientifique et vos connaissances terrain à 50 idées reçues au sujet des araignées. Quelles sont justement les clichés les plus répandus à leur sujet ?

Christine : A partir d’idées reçues que j’ai régulièrement entendues ou qui sont évoquées dans les médias et autres réseaux…, j’apporte plutôt des arguments scientifiques réels, que ce soit à travers ma propre expérience mais également et surtout ceux analysés à partir des écrits des collègues arachnologues du monde entier. Il est difficile d’indiquer les plus répandus au regard du nombre important de ces clichés mais éventuellement les questions les plus fréquentes portent sur la dangerosité supposée et les soi-disant « piqûres » d’araignées, la ponte sous la peau, le fait d’en avaler en dormant…

Quelles sont selon vous les causes de l’arachnophobie (= la peur des araignées) ? Est- elle justifiée et comment lutter contre ?

Christine : La cause de l’arachnophobie est inconnue et l’idée que la grande majorité des gens le soit est déjà une idée fausse ! Comment expliquer que certaines parties du monde ne comptent pas le moindre phobique ? Cette approche est très culturelle. Et même en France seulement 40% de la population auraient peur des araignées et à peine 10% seraient de véritables phobiques (peur et phobie sont deux termes souvent confondus !). Les éléments qui vont gêner les personnes réellement phobiques sont très variables selon les individus et la phobie étant irrationnelle, il faut travailler sur les associations qu’on fait ces personnes avec les araignées ; une des premières approches est déjà l’apport de connaissances. Mais cela ne suffit pas toujours ! Il faut être patient et réactiver entre autre sa curiosité.

La presse régionale, les réseaux sociaux et autres articles et vidéos à sensation s’emballent régulièrement sur la veuve noire, ‘l’araignée banane’, ou encore l’araignée violoniste… Quelle est la part de vérité là-dedans ?

Christine : Rien qu’en évoquant chacune de ces « espèces » au singulier, il y a une méconnaissance du groupe dans son ensemble ! Il existe plusieurs espèces de veuves noires et d’araignées violonistes dans le monde et sous le terme d’araignée-banane, deux espèces sont régulièrement mélangées ! Leur dangerosité est en général largement augmentée pour continuer à produire des articles à sensation. Et comme la majorité des gens les connaissent mal, il est facile de leur faire croire n’importe quoi. Beaucoup de journalistes ne se renseignent pas avant de donner l’information sur sa véracité avec l’argumentaire scientifique. Même si il peut y avoir des réactions individuelles plus ou moins marquées de personnes qui seraient mordues par un des représentants de ces groupes d’espèces, cette situation arrive déjà très très rarement dans la réalité et de plus, aucune de ces espèces n’est mortelle pour l’homme !

L'ARAIGNEE FAVORITE DE CHRISTINE ?

(Vidéo : La parade amoureuse de l'araignée-paon - Chaîne : National Geographic Wild France sur Youtube ; l'araignée-paon fait partie de la famille des Salticidae)

Parmi toutes ces belles ‘soyeuses’ (terme que vous préférez à ‘poilues’ pour parler des araignées, avez-vous une ou des favorite(s) et pourquoi ? 

Christine : Je parle en effet d’animaux soyeux car leur tégument est recouvert de soies et non de poils, si on veut être plus rigoureux sur les termes appropriés définissant ces organes sensoriels. Néanmoins les deux sont d’usage dans le langage courant mais, restons sur une approche plus positive des araignées en leur attribuant des qualificatifs plus agréables tout en étant véridiques. Je n’ai pas d’espèces favorites à proprement parlé tellement leur diversité est grande et qu’elles m’intéressent toutes même les tégénaires des maisons qui focalisent parfois les peurs ! Cependant les chasseuses à l’affût que sont les araignées-crabes (Thomisidae) qui adaptent leur coloration à celui de leur support, m’intriguent comme la misumène variable, Misumena vatia, ainsi que les araignées sauteuses (Salticidae) avec leurs deux gros yeux médians à l’avant dont les mâles souvent très colorés font des danses nuptiales devant les femelles en période de reproduction, ou encore les araignées gladiateurs (Deinopidae), suspendues par les pattes arrière dans le feuillage, qui déploient un filet de soie bleutée, maintenu par les pattes avant, sur leurs proies pendant leur chasse nocturne.

 - Image 2

CINQ QUESTIONS A L’EQUIPE DU MUSEUM DE TOURS

(Image : Affiche de l'exposition 'Araignées' au Muséum de Tours © Muséum de Tours)

Le Muséum d’Histoire Naturelle de Tours est une institution scientifique à l’histoire mouvementée dont la création remonte à 1780. Après avoir été entièrement détruit lors des bombardements en juin 1940, un nouveau muséum est créé en 1990 à son adresse actuelle au 3 Rue du Président Merville. Après des travaux de rénovation récents en 2020, le Muséum rouvre ses portes pour une courte période puisque la crise sanitaire l’oblige à refermer celles-ci au public. Dommage car le Muséum présentait justement ‘Araignées’, une belle exposition temporaire dédiée aux araignées avec de nombreux spécimens vivants et particulièrement fascinants. Didier LASTU, le Directeur du Muséum, Arnaud LEROY, le Responsable des Collections Vivantes et Commissaire de l’Exposition, et Nicolas LAGORCE, le Responsable Communication du Muséum, ont accepté de répondre à nos questions :

Interview : 

Votre exposition temporaire ‘Araignées’ a débuté le 17 Octobre 2020 et a connu immédiatement un franc succès. Comment expliquez-vous cet engouement du public ?

L'équipe du Muséum de Tours : Nous savions qu’il s’agissait d’un thème qui intéresserait le public. Nous en avions déjà fait l’expérience avec nos expositions précédentes : “Serpents” (mai 2013-novembre 2014) et “Fourmis” (avril 2017-mars 2019). Il s’agissait déjà d’expositions illustrées par la présentation de spécimens vivants, ce qui est fortement apprécié par le public. De fait, les visiteurs étaient curieux de découvrir cette nouvelle exposition, sur un des animaux les plus mal aimés. Nous avons également beaucoup communiqué sur cette exposition durant le confinement via nos réseaux sociaux (Facebook et Instagram), en annonçant les différentes facettes de l’exposition.

 - Image 2

UNE EXPOSITION TEMPORAIRE QUI PRESENTE 30 ESPECES VIVANTES D'ARAIGNEES

(Photo : L'araignée gladiateur (Deinopis aspectans) © Muséum de Tours)

Pouvez-vous nous parler de ce que vous avez souhaité mettre en avant avec cette exposition, les messages que vous avez souhaité faire passer au public ?

L'équipe du Muséum : En 2011, l’équipe du Muséum de Tours avait visité l’exposition “Au fil des araignées” du Muséum National d’Histoire Naturelle, dont Christine ROLLARD était la commissaire d’exposition. L’exposition débutait avec une vidéo où des personnes témoignaient de leur peur des araignées, avec parfois (souvent même…) des anecdotes farfelues avec tout ce que l’on a l’habitude d’entendre sur les araignées : elles nous “piquent” la nuit pendant notre sommeil, pondent sous notre peau, attaquent les Hommes, etc. L’exposition cassait ensuite toutes ces fausses rumeurs et rétablissait les vérités. Cette exposition nous a profondément marqué ! Ainsi, nous avons voulu continuer notre série sur les animaux présentés au sein de notre vivarium pour mettre en lumière un animal trop décrié et surtout trop méconnu, alors qu’il fait partie de notre quotidien. Car en effet, les araignées sont partout :) Le message est simple : casser nos fausses croyances sur les araignées et rétablir les vérités sur des animaux fascinants qui ont un rôle primordial dans notre écosystème.

Dans le cadre de votre exposition temporaire, vous présentez une trentaine d’espèces vivantes dont quelques ‘stars’ telles que des mygales et la veuve noire, mais grâce à vos publications sur vos comptes Facebook et Instagram du Muséum, on peut aussi découvrir des espèces moins connues comme l’araignée gladiateur, qui est assez étonnante. Pouvez-vous nous la présenter ?

L'équipe du Muséum : En présentant du vivant, notre objectif n’est pas de proposer un catalogue d’araignées. L’intérêt est d’illustrer la fabuleuse diversité offerte par ces animaux. C’est pour cela que nous présentons des mygales (arboricoles et terrestres), des araignées semi-aquatiques, des araignées qui tissent des toiles, d’autres qui sont dites errantes, etc. Et effectivement certaines sont présentées comme la mythique veuve noire Latrodectus mactans. Beaucoup de visiteurs sont surpris d’observer une petite araignée au comportement placide ! L’araignée gladiateur Deinopis aspectans est l’exemple même de la diversité richissime des araignées ! Il s’agit d’une petite araignée originaire d’Afrique, dont la particularité est de fabriquer une sorte de filet avec sa soie, à la manière d’un rétiaire (ces fameux gladiateurs qui utilisaient un filet pour combattre durant l’Antiquité) afin de le lancer sur sa proie pour la capturer. Cette araignée est également surnommée “The ogre faced spider” par les anglophones car ses yeux lui donnent un aspect impressionnant.

 - Image 2

LE MUSEUM DE TOURS, LIEU DE DECOUVERTE ET D'EMERVEILLEMENT

(Photo : La salle d'exposition temporaire du Muséum de Tours © Muséum de Tours)

Une des spécificités du Muséum d’Histoire Naturelle de Tours, c’est que vous présentez également à l’étage une exposition permanente avec pas mal d’espèces vivantes d’amphibiens, reptiles, insectes et autres petites bêtes. C’est important pour vous de proposer au public cet équilibre entre espèces vivantes et collections naturalisées ? Quelles sont les espèces les plus populaires parmi vos locataires permanents ?

L'équipe du Muséum : Le vivarium du Muséum de Tours est né de la création, en 2007, d’une fourrière départementale sur les Nouveaux Animaux de Compagnie (N.A.C). À l’origine nous récupérions les animaux retrouvés vagabondant dans la rue ou les animaux saisis par la justice que nous présentions ensuite au public en expliquant bien l’origine des animaux. Depuis, le vivarium s’est bien développé, au point d’occuper un étage entier du bâtiment (le Muséum de Tours est sur 4 niveaux). Nous y présentons toujours des animaux issus de la fourrière N.A.C mais également nos nombreuses colonies de fourmis issues de l’exposition “Fourmis”. Beaucoup d’espèces sont appréciées du public ! Les Phelsumas géants de Madagascar (Phelsuma grandis), avec leur capacité de se déplacer à la verticale ou à l’horizontale inversée, les axolotls (Ambystoma mexicanum), le crotale du Texas (Crotalus atrox) avec son bruiteur au bout de la queue, le très esthétique python vert (Morelia viridis), ou encore nos millions de fourmis !

Vous aviez entrepris des rénovations importantes pour finalement ne rouvrir vos portes que pour une courte durée en raison du contexte sanitaire. Quel serait votre message au public pour leur donner envie de venir visiter le Muséum quand cela à sera à nouveau possible ?

L'équipe du Muséum : Venir au Muséum, c’est s’aérer l’esprit tout en apprenant et en découvrant une multitude de choses. L’exposition “Araignées” se veut ainsi vivante, ludique, interactive et riche de nombreuses informations à connaître sur ces animaux à huit pattes. Toute l’équipe du Muséum n’a qu’une hâte : la réouverture :) !

Crédit article : © Julien PIERRE avec les collaborations de Christine ROLLARD, Nicolas LAGORCE, Didier LASTU, Arnaud LEROY, Ghislain BOURQUIN & Thomas PIERRE

Commentaires sur cet article

Poster un commentaire

Ces articles peuvent vous intéresser

Top