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Animaux, nature et biodiversite du nord-pas-de-calais

20 Février 2020

(Photo : Phoque gris © Eric PENET)

Ah le Nord-Pas-de-Calais, plat pays au passé industrieux connu pour son bassin minier et ses terrils, ses ciels de plomb chargés de pluie où ‘le ciel c’est l’horizon’, ses briques rouges, ses beffrois, son folklore et son accent chantant… Et maintenant que voilà évacués dès l’introduction quelques-uns des poncifs sur le Nord, saviez-vous qu’il existe un autre Nord plus sauvage aux paysages variés et riche d’une grande biodiversité où vivent des espèces animales remarquables ?

En compagnie d’Eric PENET, passionné de nature qui travaille au Parc Naturel Régional de l’Avesnois (et dont les superbes photos illustrent ce dossier !), nous vous proposons de partir à la découverte de certains des biotopes caractéristiques de la région et leurs habitants emblématiques : les bocages de la très menacée pie-grièche écorcheur, les marais et roselières fréquentés par le farouche et rare blongios nain, les terrils devenus avec le temps les viviers d’une microfaune caractéristique où l’on croise le crapaud calamite et le littoral aux massifs dunaires fragiles et dont l’estran est fréquenté par des colonies de phoques. Nous conclurons avec quelques questions à Eric sur les enjeux de la protection du patrimoine naturel régional soumis à rude épreuve par la pression des activités humaines sur ces territoires densément peuplés.

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GEOGRAPHIE, RELIEFS ET CLIMAT DU NORD

(Photo : Mouettes sur une plage du littoral du Pas-de-Calais © Julien PIERRE)

On peut dresser une cartographie rapide de la région avec à l’Ouest les collines crayeuses du Haut Boulonnais et de l’Artois et au Sud-Est les contreforts du massif ardennais qui encadrent les plaines de la région. Si l’altitude n’y dépasse guère les 150 m de hauteur, ces massifs n’en ont pas moins un impact significatif sur la pluviométrie et le climat de la plaine de la Lys, de la plaine de la Scarpe-Escaut, du marais Audomarois (prairies humides et roselières de la dépression de Clairmarais autour de Saint-Omer) et de la plaine maritime flamande entre Calais, Dunkerque et Saint-Omer dont le niveau est inférieur à celui de la mer, des territoires conquis par l’homme sur les zones humides (qui constituaient autrefois 30% de la région) selon la technique de la poldérisation.

Faiblement boisée (la région est la moins boisée de France) même si des opérations de reboisement sont en cours et que l’on compte quand même quelques massifs de forêts composés essentiellement de feuillus, la région est aussi marquée par l’impact des activités humaines dont le bassin minier qui traverse d’Est en Ouest la région sur une large bande et aujourd’hui classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

Quand à la façade maritime de la région, où la Manche se rétrécit jusqu’à Calais (à 35 km des côtes anglaises) avant de céder la place à la Mer du Nord, elle voit se succéder falaises de craie (Cap Blanc-Nez), dunes de sable, falaises argileuses et plages de galets, l’ensemble ponctué de ports et pôles d’activités humaines densément peuplés.

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LE BOCAGE, REFUGE D’UNE FAUNE DIVERSIFIEE

(Photo : Bocage dans le PNR de l'Avesnois - Cinoworus - Wikimedia Commons - CC BY-SA 3.0)

Le paysage bocager est un ensemble de champs et de prairies délimités par des talus, fossés et  haies d’arbustes souvent épineux avec ça et là quelque mare et de petits massifs discontinus d’arbres et arbustes sauvages. Les haies servent à la fois à la de protection des cultures (contre le vent, contre l’érosion des sols) et d’enclos pour le bétail. Comme le précise Eric, les deux grands secteurs bocagers qui subsistent encore dans l’Avesnois et le Boulonnais sont ainsi intimement liés au maintien de l’élevage – et donc des prairies – dans la région.

Les haies servent également de corridors biologiques entre les différents biotopes jusqu’à constituer elles-mêmes des habitats prisés par certaines espèces animales dont un grand nombre d’espèces d’oiseaux qui peuvent s’y abriter et y nicher tout en s’alimentant des insectes des prairies alentour.

Epervier, pic-vert, bruant, mésange, faisan, merle, rouge-gorge, rossignol, pouillot véloce : pas moins d’une centaine d’espèces d’oiseaux fréquentent le secteur bocager ! Egalement apprécié par divers amphibiens (crapaud commun), reptiles (orvets, lézards), insectes et petits rongeurs, il est donc un pôle d’attraction pour les prédateurs de ces espèces et parce que le bocage est également riche d’arbres fruitiers, graines et baies, il constitue une cantine pour un grande variété d’espèces aux régimes alimentaires différents. 

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LA PIE-GRIECHE ECORCHEUR, OISEAU EMBLEMATIQUE DU BOCAGE

(Photo : Pie-grièche écorcheur © Eric PENET)

Maintenant considérée comme une espèce menacée dans plusieurs régions de France y compris dans le Nord où elle a le statut d’espèce ‘Vulnérable’ et n’est plus présente que dans l’Avesnois, la pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) est un habitant emblématique du bocage qui se raréfie en même temps que disparaît son habitat.

Une des caractéristiques qui a inspiré son nom est que ce petit oiseau d’une petite vingtaine de cm de long de l’ordre des Passeriformes se constitue un garde-manger (appelé le ‘lardoir’) en épinglant ses proies (insectes, grenouilles, lézards) sur les épines des ronciers, des arbustes, des prunelliers ou des barbelés en prévision de ses futurs repas. Oiseau migrateur qui part passer l’hiver dans les régions tropicales et en Afrique du Sud, elle revient habiter le bocage en Mai pour y nicher. Le mâle choisit un buisson touffu pour y construire un nid de brindilles et végétaux garni de crin et fibres végétales dans lequel la femelle va pondre de 3 à 8 œufs qu’elle va couver pendant 2 semaines en relais avec le mâle. Les parents vont ensuite nourrir les oisillons de larves et d’insectes pendant 5 semaines, le temps pour ceux-ci de gagner leur indépendance. Filou, le mâle veille sur sa famille en émettant un chant caractéristique mais il est aussi très fort pour imiter les chants d’autres espèces !

Le mâle a la poitrine rosâtre, une large bande noire autour de l’œil, une calotte grise et le dessus des ailes marron alors que la femelle a un plumage plus terne avec masque brun, dessus des ailes brun roussâtre et ventre blanc cassé aux motifs d’écailles.

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MARAIS ET ZONES HUMIDES DU NORD, UN REFUGE POUR DE NOMBREUX OISEAUX

(Marais littoral près de Wissant (62) © Julien PIERRE)

Le Nord présente un grand nombre de zones humides naturelles ou créées par l’homme à partir de carrières d’extraction reconverties. On peut notamment citer Clairmarais et le marais Audomarois ; le marais de la Marque, Espace Naturel Sensible de la métropole lilloise reliant les marais de Péronne et de Bonnance ; le complexe humide de Chabaud-Latour à Condé-sur-l’Escaut et les marais d’Harchies voisins (en Belgique) ; les vallées de la Scarpe et de la Sensée ; ou encore le marais côtier de Wissant… Autant de zones refuges qui constituent un habitat apprécié par de nombreuses espèces d’oiseaux : zones de vie pour les espèces résidentes, étapes salutaires pour les migrateurs qui remontent plus au Nord pour l’été, lieux de résidence estivale pour les nicheurs qui viennent s’y établir à la belle saison. Parmi toutes ces espèces d’oiseaux fréquentant les étangs, marais et rivières du Nord, on trouve évidemment les communs héron cendré et autres foulques et poules d’eau mais aussi le grèbe huppé à la magnifique parade nuptiale, le canard souchet au long bec massif ou le superbe grèbe à cou noir aux yeux rouges caractéristiques, qui vient nicher à la belle saison sur le site ornithologique des Cinq Tailles (un des principaux sites de reproduction en France de ce rare plongeur).

Blongios nain © Eric PENET

LES ROSELIERES, TERRITOIRE DU FAROUCHE BLONGIOS NAIN

(Photo : Le rarissime blongios nain en vol © Eric PENET)

Parmi ces différentes espèces, il en est une qui apprécie les nombreuses étendues de roseaux (roselières) bordant les étangs et marais de la région : le blongios nain (Ixobrychus minutus), un cousin miniature du butor étoilé, aussi appelé butor nain, butor blongios ou blongion nain. Ce petit échassier qui mesure moins de 40 cm de long pour une envergue de 49 à 58 cm vient passer sa période nuptiale d’Avril à à Octobre  (et 'plutôt de Mai à Août en ce qui concerne le Nord' comme nous le précise Eric) dans ces zones humides où il se confond avec son habitat, appliquant les mêmes techniques de dissimulation que le butor en se tenant immobile dans les roseaux cou tendu et bec pointé vers le haut. Autant vous dire que seul l’observateur chevronné (ou chanceux) pourra apercevoir cet oiseau extrêmement farouche et méfiant qui au stade juvénile se confond franchement avec le butor. Adulte, on le reconnaît plus aisément grâce à sa petite taille et la large surface blanche sur le dessus de ses ailes, le mâle arborant une calotte et un dos noirs alors que la femelle à le dos strié de brun.

Ils se fabriquent un nid en hauteur dissimulé au milieu des roseaux où la femelle pond 5 à 6 œufs que le couple se relaie pour couver pendant une vingtaine de jours. Les œufs éclosent et les parents viennent nourrir les oisillons pendant 10 à 12 jours. Hivernant en Afrique, le blongios trouve dans les zones humides les proies qu’il chasse : poissons, batraciens, insectes, têtards, mollusques et crustacés. Figurant sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France, ses populations sont en fort déclin sur le plan national. Dans le Nord-Pas-de-Calais, il est une espèce ‘En danger critique d’extinction’ car comme nous l’explique Eric, ses effectifs nicheurs sont aujourd’hui estimés à moins de 10 couples

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LES TERRILS MINIERS, ZONES DE VIE ?

(Photo : Terrils à Loos-en-Gohelle (62) - Loos en-Gohelle sur Flickr - CC BY-SA 2.0)

Débutée au début du 18ème siècle, l’exploitation en sous-sol du charbon dans la région eut aussi pour conséquences l’extraction de milliers de tonnes de terre et matières stériles évacués en surface et dans des quantités telles que cela aboutit bientôt à la constitution de véritables collines artificielles, les célèbres terrils miniers. Si une partie de ces immenses monticules fut recyclée pour faire des remblais dans la construction, leurs caractéristiques (sol pentu, poreux, sec et chaud captant la chaleur, acidité) en ont fait un nouvel habitat propice à une végétation justement adaptée à des sols pauvres en matières organiques (mousses et lichens, plantes des steppes parfois carrément exotiques).

Cet environnement fait d’une alternance de larges espaces minéraux et zones végétalisées aux essences résistantes est aussi devenu un biotope favorable à nombre d’espèces animales appréciant ce milieu ouvert au microclimat spécifique puisque la température peut y être de 5°C plus élevée que dans les plaines alentour, attirant ainsi des espèces dites ‘thermophiles’ (= qui préfèrent les températures élevées).

Quelles sont les espèces animales que l’on peut croiser sur les terrils ? Des insectes comme la cicindèle champêtre (un coléoptère vert excellent chasseur), le criquet à ailes bleues ou le grillon d’Italie mais aussi des reptiles appréciant ces sols chauds comme le lézard des murailles venu coloniser ces terrils tout au Nord de son aire de répartition originelle. A cette microfaune on peut ajouter quelques espèces d’oiseaux de passage comme le petit gravelot ou la perdrix grise (en déclin).

En fait qu’il s’agisse des plantes ou des animaux, les terrils ont constitué un nouvel habitat avec des caractéristiques en rupture avec les biotopes environnants, attirant ce qu’on appelle des espèces pionnières dont un amphibien surprenant : le crapaud calamite.

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UN CRAPAUD SUR UN TERRIL, VRAIMENT ?

(Photo : Crapauds calamites pendant la saison des amours avec un mâle plus petit agrippé à une femelle © Eric PENET)

Comment un représentant d’une classe d’animaux connus pour être très dépendants de l’eau peut-il s’épanouir dans un habitat au contraire plutôt sec et aride ? C’est que le crapaud calamite est un aventurier capable de s’adapter à quantité de milieux différents (on le trouve aussi dans les massifs dunaires du littoral du Nord). Surtout, en dehors des premiers jours de sa vie au stade de têtard, il a sinon plutôt un mode de vie terrestre. S’abritant le jour dans un trou, il ne sort qu’à la faveur des nuits calmes et chaudes pour chasser et se déplace aisément au sol en courant comme une souris (fait unique chez les batraciens). Il ne migre vers les zones humides que pour s’accoupler lors de la période de reproduction où il retrouve la mare ou l’étang qui l’ont vu naître.

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LE LITTORAL NORDISTE, UNE GRANDE VARIETE DE MILIEUX

(Photo : Vue depuis le Cap Gris-Nez à Audinghen (62) © Julien PIERRE)

Falaises crayeuses du Haut-Boulonnais et du Cap Blanc-Nez, estuaires et marais littoraux, massifs dunaires : le littoral nordiste présente une succession de milieux naturels variés, parfois sur des portions de quelques km seulement, qui sont des refuges de biodiversité fragilisés par l’érosion des vents et de la mer et qui cohabitent avec des zones où la pression humaine est importante (ports, villes côtières, activités industrielles, trafic maritime et activités de plaisance).

Les dunes flamandes entre Dunkerque et La Panne en Belgique forment par exemple un ensemble de dunes littorales assez exceptionnel abritant une flore unique et des espèces animales surprenantes : 40 espèces d’escargots (!), plusieurs espèces rares d’Omophrons de la famille des Carabidés (grands scarabées), des libellules, le papillon Petit nacré, le lézard vivipare, trois espèces de tritons et le crapaud calamite que nous évoquions précédemment. Les oiseaux (fauvettes, rossignol, etc…) ne sont pas en reste avec même la présence remarquée du sublime guêpier d’Europe, nicheur rare et exceptionnel pour la région.

Quant aux eaux de la Manche et de la Mer du Nord elles sont également riches d’une grande variété d’espèces, des poissons plats et invertébrés appréciant les sols sablonneux de l’estran aux espèces du large que l’on retrouve sur les étals de Dunkerque, Calais et Boulogne – même s’il est à noter que certaines espèces comme le cabillaud par exemple ont été surexploitées en Mer du Nord et font l’objet d’un plan de gestion.

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VEAU MARIN ET PHOQUE GRIS, DES HABITUES DU LITTORAL NORDISTE

(Photo : Phoques gris © Eric PENET)

Si la Baie de Somme un peu plus au Sud demeure le lieu privilégié pour l’observation des colonies de phoques en France, il n’est pas rare d’en apercevoir également sur le littoral nordiste regroupés en petits groupes de quelques individus pêchant à quelques mètres de la plage mais parfois aussi en groupes beaucoup plus importants dépassant les 100 individus au phare de Walde ou à Berck sur le littoral du Pas-de-Calais comme nous le précise Eric !

Rappelons au passage qu’il est interdit de les approcher de trop près et que si d’aventure vous tombez sur un mammifère marin échoué ou qui vous semble en difficulté, le premier réflexe est de contacter la mairie du lieu d’observation et demander à ce qu’elle-même contacte l’Observatoire PELAGIS. Précisons également qu’il n’est pas rare en été de trouver des petits phoques seuls sur la plage. S’agissant de la saison des naissances chez les phoques, la mère est en fait probablement partie pêcher et n’a pas abandonné son petit.

Même si dans le langage commun on parle de ‘phoque’ on distingue en réalité deux espèces de pinnipèdes sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais : le phoque veau-marin et le phoque gris, deux espèces qui cohabitent d’ailleurs souvent ensemble.

Comment faire la différence entre ces deux espèces ? Le phoque veau marin est plus petit et a une tête ronde avec le museau en pointe et les narines en forme de ‘V’ alors que le phoque gris adulte a les narines parallèles et un long museau droit et allongé dans le prolongement de son front. Le phoque gris a un pelage tacheté et assez foncé voire noir chez le mâle et gris foncé sur le dessus avec des points et tâches noirs chez la femelle. Il mesure de 1,80 m à plus de 3 m de long (contre 1,50 à 1,60 m pour le phoque veau marin) pour un poids de 140 kg (femelle) à plus de 300 kg (mâle). Les femelles vivent en petits groupes alors que les mâles sont plus mobiles et territoriaux.

Comme l’indique Eric, les veaux marins sont plus nombreux dans la région que les phoques gris et viennent même désormais s’y reproduire chaque année dans la Baie d’Authie, un phénomène encore très ponctuel pour le phoque gris.

Le phoque gris (Halichoerus grypus) que l’on trouve dans la Mer du Nord, la Manche et l’Océan Atlantique a lui une grande aire de répartition, du Canada aux côtes bretonnes. Il est particulièrement présent autour des îles britanniques dont doivent être originaires les populations nordistes. Assez farouche, il apprécie les fonds alternant roches et sables et se nourrit de poissons, crustacés et céphalopodes.

Eric PENET photographe animalier © Eric PENET

L’ŒIL DU PASSIONNE : ERIC PENET, BIOLOGISTE ET PHOTOGRAPHE NATURE

(Photo : © Eric PENET photographe nature)

Travaillant au Parc Naturel Régional de l'Avesnois, Eric PENET est un biologiste passionné de nature membre du Groupement Ornithologiste et Naturaliste du Nord, de la CMNF (Coordination Mammalogique du Nord de la France) et photographe naturaliste amateur.

Interview :

Comme nous venons de le voir et au-delà des clichés, le Nord-Pas-de-Calais se révèle être une région à la biodiversité surprenante et remarquable. Comment concilier celle-ci avec la pression humaine particulièrement forte (densité de population, agriculture, industries, pêche…) qui s’exerce ici sur la nature ?

Eric PENET : Effectivement, le Nord-Pas-de-Calais est un territoire fortement peuplé avec l’une des densités de population parmi les plus fortes de France et surtout un passé industriel qui modèle fortement les paysages. Ajouté à cela un vaste réseau d’axes de transport (lignes TGV, TER, autoroutes…), une céréaliculture dominante sur le plan agricole, et on obtient d’importants facteurs de pressions anthropiques sur les espaces de nature. Les structures publiques et associations naturalistes du territoire œuvrent, chacune à leur échelle, en faveur d’une meilleure prise en compte de cette richesse « naturelle », souvent sous-estimée, auprès des différents acteurs. Et c’est loin d’être facile dans une région où la prise en compte de l’environnement passe souvent après d’autres sujets de société tels que le développement économique ou la lutte contre le chômage. Notre travail à nous, professionnels et bénévoles mais surtout passionnés, c’est de faire changer les mentalités.

Vois-tu des signaux positifs et des initiatives qui vont dans le bon sens en matière de protection de la faune et de la flore sur la région ? Un journal relatait récemment le retour du castor’dans le Nord.

EP : Le récent retour du Castor d’Europe chez nous démontre que pour peu qu’on lui en donne la possibilité, la nature est suffisamment résiliente pour pouvoir à nouveau s’exprimer pleinement. De nombreuses initiatives mises en place dans la région sont à souligner. Il est délicat de toutes les citer mais on peut évoquer les acquisitions foncières et mises en protection de milieux naturels par les conseils départementaux du Nord et du Pas-de-Calais ainsi que par les Conservatoires du littoral et d’Espaces Naturels, qui s’intègrent complètement dans une logique de sauvegarde du patrimoine naturel régional. A une échelle plus « individuelle », l’opération « Plantons le décor », pilotée par Espaces Naturels Régionaux (ENRx) et les PNR permet des commandes groupées de végétaux pour les particuliers, agriculteurs et collectivités et vise à favoriser d’importants programmes de plantations et replantations de haies et d’arbres champêtres, contribuant ainsi à restaurer une partie de la trame verte régionale. Plus « insolite », la CMNF (association dont je suis membre, qui étudie les Mammifères) aménage depuis plus de 20 ans d’anciens blockhaus en faveur des chauves-souris, qui y trouvent ainsi des milieux propices à leur hibernation. C’est la preuve qu’il est possible de conserver notre patrimoine historique tout en favorisant la biodiversité. Et les résultats sont là !

Quelles sont tes espèces animales favorites dans la région ?

EP : Il y en a beaucoup et c’est difficile d’en sortir quelques-unes : Butor étoilé, Cincle plongeur, Chat forestier, Gorgebleue à miroir, Triton crêté… Si je ne devais en retenir qu’une seule, ça serait le Cerf élaphe. La seule population régionale (hors Picardie) est présente en forêt domaniale de Mormal, dans l’Avesnois. Coup de chance, c’est au bout de ma rue ! Et c’est de loin l’espèce que j’ai le plus suivi, et sur laquelle je me suis le plus documenté, tout groupe confondu.

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FACE A FACE AVEC LE SEIGNEUR DE LA FORÊT !

(Photo : Cerf élaphe © Eric PENET)

Pour le passionné de photo que tu es, y a-t-il une photo dont tu es particulièrement fier et peux-tu nous raconter l’histoire derrière ce cliché ?

EP : C’était un beau matin de septembre en forêt de Mormal. La nuit de brame avait été intense et la matinée qui suivit s’avérait plutôt calme. Je m’étais posté au bord d’une clairière qu’une harde avait pris pour habitude de traverser en fin de matinée pour se remiser. Ce jour-là, et c’est suffisamment rare en photo nature pour le souligner, toutes les conditions furent réunies : la météo, l’ambiance, la lumière, le sujet… Les biches passèrent sans un regard mais le cerf, lui, s’arrêta pile où je l’espérais. Une grosse montée d’adrénaline, un échange de regards, puis il disparut, sans un bruit. Ce genre de matinée où tu ne regrettes pas ton réveil aux aurores.

Pour la photo, peux-tu nous dire quel matériel a ta préférence ?

EP : J’utilise du matériel Canon, principalement un 7D Mark II avec un 300mm f/2.8 IS et un multiplicateur 1.4xIII. Pour les insectes et amphibiens, j’opte pour un 100mm f/2.8 macro.

 

Vous pouvez découvrir d'autres magnifiques photos réalisées par Eric PENET sur son site Eric Penet - Photographe Nature.

Crédit article : Julien PIERRE & Eric PENET

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