La france sauvage : la loire, fleuve royal indompte aux oiseaux emblematiques - Anigaïdo
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La france sauvage : la loire, fleuve royal indompte aux oiseaux emblematiques

25 Février 2019

(Photo : Aigrette garzette - Didier LOYER)

Plus long fleuve de France s’écoulant sur plus de 1.000 km, la Loire est réputée pour son caractère impétueux et ses crues subites et malgré des barrages qui régulent ses humeurs elle a conservé de vastes portions sauvages qui constituent des zones naturelles propices à la vie sauvage.

Après avoir envisagé ce qui caractérise l’habitat des lacs et rivières et comment la vie animale s’y organise, cet article vous propose un zoom sur le parcours sinueux de la Loire, de l’Ardèche à Saint-Nazaire, avant de vous présenter quatre de ses oiseaux emblématiques de la Loire moyenne : l’aigrette garzette, la sterne naine, le cormoran et le balbuzard pêcheur. Notre découverte de la Loire sauvage se terminera avec les propos de deux passionnés : ceux de Didier LOYER, photographe amateur passionné de nature et d’oiseaux, qui nous contera ses belles rencontres avec la faune du dernier fleuve sauvage de France ; et ceux de Fabrice MARET, guide-conférencier expert du patrimoine culturel du Val de Loire, qui nous parlera des liens entre la nature et les châteaux de la Loire, l’autre trésor mondialement réputé de la région. 

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L’HABITAT (BIOME) DES LACS ET RIVIERES

(Photo : Vue sur la Loire près de Chaumont-sur-Loire (41) - Christophe-Finot - Wikimedia Commons - CC BY-SA 3-0)

Qu’il s’agisse de l’Amazonie, d’un grand lac africain ou de la Loire, l’organisation de la vie animale dans et autour d’une rivière ou d’un lac répond toujours à la même logique à savoir celle d’un habitat qui imbrique en réalité plusieurs écosystèmes interdépendants : les eaux proches de la surface et bien éclairées sont le siège d’une faune minuscule qui se nourrit d’algues microscopiques (phytoplancton) abondantes aux beaux jours ; la zone médiane et proche de la surface est fréquentée par les poissons capables de résister aux courants plus ou moins forts ; les fonds tapissés de sédiments sont réservés aux mauvais nageurs ou prédateurs, fréquentés par exemple par le brochet qui y rôde pour surprendre ses proies ; et enfin les berges et terres alentours sont fréquentées par des espèces qui alternent entre l’eau et les terres pour se nourrir, chasser ou élever leurs petits.

Un facteur primordial qui dicte la présence des espèces, c’est la qualité de l’eau et sa composition chimique, elle-même déterminée par le type de roche qui forme le lit du lac ou de la rivière : l’eau ‘dure’ riche en calcaire favorisera les animaux à carapace (arthropodes, crustacés…), une eau riche en oxygène sera appréciée des poissons prédateurs très actifs (saumon, truite,…) alors qu’une eau faible en oxygène s’avère moins propice à la vie animale à l’exception de quelques rares espèces capables d’y évoluer.

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LA LOIRE

(Photo : La «source véritable» de la Loire - Anthony Morel - Wikimedia Commons - CC BY-SA 4-0)

Depuis sa source à l’Est du Massif Central jusqu’à son estuaire débouchant à Saint-Nazaire dans l’Océan Atlantique, alternant à la manière d’un escalier paliers aux eaux profondes au fort débit, zones méandreuses plus calmes et zones de rapides aux eaux tumultueuses, on découpe la Loire en quatre zones : la Loire supérieure prend sa source sur le versant sud du Mont Gerbier en Ardèche où elle n’est d’abord qu’un ruisseau de montagne se gonflant rapidement de nombreux affluents puis traverse plusieurs plaines successives : Velay, Forez, Roannais avant de rejoindre l’Allier et doubler son débit à proximité de Nevers (58). C’est ensuite la Loire moyenne qui ne reçoit que quelques modestes affluents et se constelle de nombreux îlots et bancs de sable avant de recevoir au-delà de Tours (37) les eaux du Cher, de l’Indre et de la Vienne. La Loire inférieure ou Loire basse commence à Candes-Saint-Martin (37) et revêt également un caractère sauvage avec une succession de méandres et bras morts (appelés ‘boires’) entre Angers et Nantes. L’estuaire enfin voit le fleuve s’ouvrir sur l’Océan Atlantique à Saint-Nazaire, ville célèbre pour ses chantiers nautiques.

Dernier fleuve naturel de France aux eaux relativement épargnées par les rejets industriels, la Loire attire les naturalistes et les kayakistes de toute l’Europe férus de découverte et d’exploration. La succession d’habitats naturels qui parsèment son cours sont autant de refuges à une vie animale diversifiée. Ainsi on y trouve notamment le castor européen, réintroduit dans les années 1970, qui  y a trouvé un refuge où prospérer. Les amphibiens, dont les tritons et salamandres, y sont également nombreux, tout comme les espèces de poissons, même si la présence du silure glane, super prédateur vorace, demeure une menace. Des reptiles comme la couleuvre ou la vipère aspic sont également présents en nombre suffisant au point de localement attirer le circaète Jean-Leblanc, superbe rapace migrateur aux grands yeux jaunes qui les a inscrits à son menu favori et revient les persécuter au printemps.

La Loire, dans ses parties moyenne et basse, est un fleuve au large lit constellé d’îles, bancs de sable et galets, l’ensemble formant un habitat très apprécié de plusieurs espèces d’oiseaux emblématiques.

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L’AIGRETTE GARZETTE

(Photo : Aigrette garzette - Didier LOYER)

Gracile oiseau de taille moyenne (56 cm de hauteur en moyenne pour une envergue pouvant atteindre presque 1 m) aux longues pattes noires et au magnifique plumage entièrement blanc, l’aigrette garzette (Egretta garzetta) est très répandue en Afrique et en Asie mais nidifie également en Europe. Si elle est en théorie un oiseau migrateur qui quitte l’Europe dès la fin Août pour gagner l’Afrique du Sud et en revenir en Février-Mars, on constate que certaines font maintenant l’économie du voyage et demeurent en France pour l’hiver. Auparavant cantonnée au Sud de la France, elle a également pris ses quartiers le long de la Loire, retrouvant au fil du fleuve les deltas et marécages qu’elle affectionne.

Comme le héron auquel elle est apparentée, les mâles et femelles aigrettes vont se parer à la saison des amours de deux longues plumes à l’arrière du crâne, les fameuses ‘aigrettes‘ qui ont donné leur nom à notre volatile. Nichant en colonies avec d’autres espèces de hérons, elle va bâtir son nid à base de brindilles et de roseaux sur des buissons ou des arbres avant que la femelle ne ponde au printemps 3 à 6 œufs que les parents couveront de 21 à 25 jours. Une fois les petits éclos, les parents se relaient pour les nourrir et peuvent parcourir jusqu’à 20 km pour trouver les petits poissons, amphibiens, insectes, crustacés, mollusques, vers, reptiles ou petits oiseaux qui constituent leur régime alimentaire. L’aigrette garzette est un oiseau assez commun dont la survie à l’état sauvage n’est pas menacée.

LA STERNE NAINE

(Vidéo : Reportage de TV Tours sur les sternes de la Loire à Blois (41))

Seconde habitante typique de la Loire que l’on croise théoriquement plus volontiers sur la façade Atlantique, la mignonne sterne naine (Sternula albifrons) vient égayer le fleuve d’Avril à fin Juillet. On peut alors observer le ballet du vol stationnaire et des piqués des belles qui pêchent en fondant sur les petits poissons qu’elles ont repérés depuis les airs.

Plus petite des sternes européennes, oiseaux connus pour leur capacité à cumuler les distances et les heures de vol dans le cadre de leurs migrations saisonnières, on la reconnaît à sa petite taille (de 20 à 24 cm de long), son bec jaune à pointe noire et la calotte noire sur son crâne, complété par son front et son poitrail blancs et le gris de ses ailes et de son dos. Elle est un poids plume (45 à 60 g) dont l’envergure ne dépasse par les 55 cm mais qui jouit d’une étonnante longévité de 21 ans en moyenne.

Sur la Loire, elle cohabite avec la sterne Pierregarin qui comme elle y a trouvé un habitat propice à ses critères en matière de nidification. En effet la sterne naine affectionne particulièrement les îlots de sable et galets que la Loire dévoile à la belle saison et dont l’isolement la protège des prédateurs. Il est d’ailleurs interdit de débarquer sur les îles où elles nichent : si elle voit quelqu’un toucher ses œufs, elle les délaissera immédiatement. Malgré le risque des crues de Mai, elle creuse une petite cuvette dans le sable ou les galets qu’elle garnit de petits cailloux avant d’y pondre 2 à 3 œufs en Mai-Juin qu’elle va couver pendant une vingtaine de jours. Assez commune, elle n’est pas menacée et se reconnaît à son cri caractéristique, fait de ‘crî-î’ aigus et de ‘kitt’ heurtés.

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LE CORMORAN COMMUN OU GRAND CORMORAN

(Photo : Grand cormoran - Didier LOYER)

Notre troisième habitant emblématique de la Loire est le grand cormoran (Phalacrocorax carbo)  ou ‘corbeau de mer’, un oiseau commun en Asie, en Europe et en Amérique du Nord qui vit aussi bien sur les côtes que le long des rivières ou des eaux stagnantes.

Ses talents de pêcheur et sa présence en nombre, souvent regroupé en colonies nombreuses, en font un oiseau peu apprécié de l’Homme – sauf en Asie où ses talents sont au contraire exploités dans le cadre d’une forme de pêche traditionnelle - car il est capable de sévères dommages sur les élevages de pisciculture par exemple. Autrefois persécuté, il est très commun et ses populations doivent même encore régulées dans certaines régions à coups de tirs de régulation ou d’empoisonnement.

Le cormoran commun est un grand oiseau massif de 80 cm à 1 m de long pour une envergure de 1,5 m et un poids jusqu’à 3,5 kg. Son plumage est entièrement noir, parfois ponctué de blanc sur les joues et/ou le poitrail. Ses pattes palmées, ses ailes agiles et son bec long et robuste en crochet constituent des atouts certains pour ce nageur hors-pair qui plonge depuis la surface pour poursuivre ses proies sous l’eau et chasser les poissons en profondeur.

On peut souvent l’observer prenant des bains de soleil, ailes déployées : c’est qu’il est un des seuls oiseaux pêcheur à ne pas être doté de duvet protecteur et qu’il doit donc se sécher et se réchauffer après ses séances de chasse sous-marine.

LE BALBUZARD PÊCHEUR

(Vidéo : (en anglais) Superbes images d'un balbuzard en plein séance de pêche en Ecosse  - BBC Scotland)

Le quatrième et dernier habitant emblématique de la Loire n’est pas un oiseau particulièrement rare ni menacé au niveau mondial et il est même au contraire présent et assez courant sur tous les continents, mais son retour dans les années 1980 sur la Loire n’en a pas moins réchauffé le cœur de tous les amateurs d’oiseaux et de nature. C’est que c’est quand même quelque chose d’assez extraordinaire de voir celui que l’on surnomme l’'aigle des rivières' en action : le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un fantastique rapace blanc et brun pouvant atteindre 1,80 m d’envergure. Il se maintient en vol stationnaire puis fond soudain en piqué sur l’eau à une vitesse vertigineuse, toutes serres en avant, heurte violemment la surface pour y disparaître parfois complètement avant de s’extraire péniblement de l’eau lesté d’un énorme poisson jusqu'à 2 kg (soit son propre poids voire plus !) fermement agrippé qu’il va ramener à son nid situé à plusieurs km de là.

Le balbuzard pêcheur est un rapace qui mesure de 1,50 à 1,70 m de long pour un poids de 1,5 à 2 kg. Son poitrail, ses pattes et sa tête aux grands yeux jaunes sont blancs avec un bandeau noir sur l’œil. Ses ailes et son dos sont bruns alors que le dessous de ses ailes est blanc et sombre aux extrémités. Il a un bec sombre fort et puissant mais pas spécialement long et ses serres puissantes se terminent par de longs doigts crochus qui peuvent s’opposer deux à deux pour mieux saisir les proies. Il revient s’installer sur son aire de nidification en Avril-Mai le temps d’y élever sa progéniture puis regagne l’Afrique en Août-Septembre.

Le balbuzard, espèce aujourd’hui complètement protégée, avait quasiment disparu de l’Hexagone dans les années 1950 en raison des persécutions et des ravages environnementaux provoqués par le DDT (un insecticide chimique) sur ses œufs notamment, et pendant 30 ans la Corse fut son unique refuge en Corse, jusqu’à ce retour remarqué sur la Loire dans les années 1980 et l’arrivée de plusieurs couples nichant en forêt d’Orléans sur les rives de l’étang du Ravoir et sur le domaine de Chambord.

Ses populations françaises sont aujourd’hui suivies par la Mission Rapace de la Ligue de Protection des Oiseaux et on compte 25 couples reproducteurs historiques en Corse et une vingtaine de couples reproducteurs en région Centre-Val de Loire, qui vont tenter de reconquérir progressivement le territoire continental.

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L’ŒIL DU PASSIONNE : DIDIER LOYER, PHOTOGRAPHE AMATEUR PASSIONNE DE NATURE ET D’OISEAUX

(Photo : Sterne naine - Didier LOYER)

Didier LOYER est un fervent amateur de nature qui a contracté le virus de la passion de la photo animalière et de l’ornithologie il y a bien longtemps. Si il n’hésite pas à parcourir l’Europe pour compléter sa collection de photos de ‘piafs’, ses pas le ramènent immanquablement sur les bords de Loire où l’émerveillement et la surprise sont souvent au rendez-vous.

Interview :

Quelles sont selon toi les caractéristiques qui font de la Loire un fleuve à part et un si joli terrain de jeu pour tous les amateurs de nature ? Comment parlerais-tu de la Loire à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas ?

Didier LOYER : La Loire c’est tout d’abord tous ces liens tissés tout au long de ma vie, les parties de pêche du dimanche avec mon père quand j’étais enfant, les randonnées en canoë dès que j’ai eu l’autorisation, et bien sûr l’observation de la nature. J’ai la chance d’habiter au bord de la Loire et de pouvoir l’observer journellement. C’est un fleuve très capricieux qui change fréquemment d’aspect. Le spectacle des grèves émergées en été, remaniées après chaque grande crue est unique. Ce sont des sites de reproduction très importants pour les sternes. Les nombreuses zones humides inondées par les caprices du fleuve sont autant d’écosystèmes qui n’ont presque plus d’équivalents en Europe. C’est également un axe de migration important pour les oiseaux.

Quelles sont les espèces (d’animaux ou d’oiseaux) que tu as réussi à y capter ? Y a-t-il une ou plusieurs espèces qui échappent encore à ta collection ?

DL : J’ai bien entendu réussi à capter une majorité des oiseaux emblématiques du val de Loire, sterne Pierregarin, sterne naine, aigrette garzette, grande aigrette, balbuzard pêcheur, mouette rieuse, mouette mélanocéphale, goéland cendré, goéland leucophée, cormoran, canard colvert, canard souchet, grèbes, poule d’eau, foulque, et aussi beaucoup de migrateurs. Ces oiseaux, compte tenu de leur taille, sont assez facile à repérer mais parfois plus difficiles à approcher de façon raisonnable pour ne pas les déranger. Assurément, pour les passereaux c’est plus compliqué mais d’autant plus satisfaisant quand c’est réussi.

Quelle est la photo qui fait ta plus grande fierté et quelle est l’histoire derrière ce cliché ?

DL : C’est une photo de sterne naine en vol. J’ai eu beaucoup de chance ce jour-là ! Grâce à un passant qui voulait parler avec moi de mon appareil photo, je me suis arrêté un moment sur les quais de Loire au port de la Creusille (à Blois (41)). La sterne naine, sans se préoccuper de notre présence relativement proche, et en pleine action de pêche s’est arrêtée en vol stationnaire devant nous. Ayant mon appareil photo en main, je n’ai pas raté l’occasion ! Je suis plutôt satisfait du résultat.

Quelle est ta philosophie en matière de photos et quel matériel tu utilises ?

DL : Je vais sûrement surprendre les puristes. Après plusieurs années d’utilisation d’un Nikon D7000 équipé d’un objectif Sygma 150/600 sport, et compte tenu du poids et de l’encombrement de l’ensemble j’ai décidé de m’équiper de matériel plus léger et surtout moins encombrant. En effet, en dehors des sorties dédiées à la photo d’oiseaux, je me suis rendu compte que lors de promenades où je n’avais pas jugé bon de m’encombrer, j’ai raté un grand nombre de clichés intéressants. Aujourd’hui, je prends la majorité de mes photos avec un bridge Sony RX10IV équipé d’origine d’un objectif Zeiss 24/600 de très bonne qualité.

Tu participes activement aux actions de la LPO 41 (Ligue de Protection des Oiseaux), qui t’a largement aidé à te former pour l’identification des oiseaux. Peux-tu nous parler des sorties qu’elle organise ?

Je participe à des sorties organisées par la LPO 41 et toujours accompagné par un ornithologue qualifié. Ces sorties ont lieu le plus souvent au cours du week-end. Elles durent environs une demi-journée. Elles sont gratuites et tout public. Le thème peut être également calqué sur des actions initiées par la LPO France. La LPO 41 publie également une lettre d’information diffusée uniquement par internet. Sur cette lettre figure les actions en cours ou à venir ainsi que le programme des sorties.

Page FB de la LPO 41

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LES CHÂTEAUX, L’AUTRE TRESOR DU VAL DE LOIRE !

(Photo : célèbre Château de Chenonceau avec sa galerie surplombant le Cher, un affluent de la Loire - Julien PIERRE) 

Impossible de parler de la Loire sans évoquer les autres trésors qu’elle abrite : ses célèbres châteaux, mondialement connus et souvent bâtis à proximité du fleuve, qui constituent un formidable patrimoine culturel étroitement lié au patrimoine naturel local. Pour nous éclairer sur les relations intimes entre les châteaux et la nature ambiante, laissons la parole à Fabrice MARET, guide expert des châteaux de la Loire qui nous fait partager sa passion avec son site web  http://www.chateaux-de-la-loire.fr/

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INTERVIEW DE FABRICE MARET, GUIDE-CONFERENCIER

En tant que guide-conférencier, es-tu souvent questionné sur le patrimoine naturel du Val de Loire lors de tes sorties ?

Fabrice MARET : Oui, les touristes viennent du monde entier visiter notre belle région et les centres d’intérêts varient beaucoup en fonction des groupes ou des familles. J’ai remarqué que les enfants sont de plus en plus nombreux à me poser des questions sur le monde animal. La salamandre de François 1er, le porc-épic de Louis XII… Les emblèmes des rois de France sont un prétexte idéal pour évoquer les liens entre l’homme et la nature.

Comment la nature et la faune sauvage étaient-ils perçus à l’époque des Rois de France ?

FM : Très différemment d’aujourd’hui. La nature paraissait plus hostile. Les rois se passionnaient pour la chasse aux cerfs et aux sangliers, et l’on pensait que les salamandres vivaient dans le feu, que les porcs-épics lançaient leurs pics au loin, comme des flèches sur leurs ennemis. A l’époque, impossible de vérifier l’information sur Internet !

Quelles sont selon toi les relations entre le patrimoine culturel et le patrimoine naturel du Val de Loire ?

FM : Les deux sont intimement liés. La beauté des paysages a inspiré les écrivains comme Honoré de Balzac ou François Rabelais qui sont nés en Touraine ou les peintres comme William Turner qui fit de très belles aquarelles de la vallée de Loire au 19ème siècle.

Peut-on imaginer que la luxuriante nature environnante a joué un rôle dans le choix d’implantation de certains des châteaux ?

FM : La question de la présence de ces milliers de châteaux en Val de Loire dépasse largement le cadre de cette interview. Les raisons sont surtout historiques, bien sûr. Disons simplement que le cadre naturel explique en partie que ces châteaux soient si nombreux. Tu évoquais tout à l’heure « l’Amazonie » ou « les grands lacs africains ». Pour ma part, je compare souvent la Loire avec le Nil. Sans le Nil, le transport des tonnes de pierres nécessaires à la construction des pyramides n’aurait pas été possible. C’est exactement la même chose pour la Loire et ses châteaux.

Certains châteaux de la Loire valorisent clairement leur patrimoine naturel (jardins de Chenonceau et Villandry, festival des jardins de Chaumont, Domaine de Chambord). Comment cela se traduit-il dans la réalité ?

FM : Les jardins de Villandry se sont engagés depuis de nombreuses années dans une démarche respectueuse de l’environnement. Le parc est devenu une véritable réserve naturelle pour les oiseaux. On y croise parfois un Pic noir ou un Roitelet triple bandeau… Malgré la présence quelque peu inquiétante de« Félix », le chat des propriétaires ! Le travail des jardiniers est aussi devenu plus difficile : les contraintes d’une agriculture « bio » sont nombreuses. Il faut se documenter, apprendre, changer ses habitudes. Respecter la nature, cela demande un effort mais finalement tout le monde en sort gagnant.

Crédit article : Didier LOYER, Fabrice MARET & Julien PIERRE

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