Guide pour sorties très bêtesEspace membre
 - Image 2

Antarctique : icebergs, manchots et top 5 des animaux les plus etonnants du pole sud

3 Février 2022

(Photo : Manchots papous © Jean-Baptiste ANGINOT)

Enfilez doudounes et bonnets, Anigaïdo vous emmène à la découverte d’une des régions les plus hostiles de la planète : l’Antarctique ! Aux confins du monde et par-delà des mers et océans battus par force vents et tempêtes, le continent des glaces abrite une biodiversité étonnante que nous vous proposons de découvrir après avoir présenté l’histoire et le climat de cette écorégion. Pour clore cette expédition, nous poserons quelques questions à Jean-Baptiste ANGINOT, un passionné de l’Antarctique dont les photos et commentaires accompagnent ce carnet de découverte.

Et si vous êtes chaud pour tester vos connaissances sur les animaux du grand froid, jouez à notre quiz Anigaido Pôle Nord Pôle Sud ou les deux !

 - Image 2

HISTOIRE GEOLOGIQUE DE L’ANTARCTIQUE

(Photo : Phoque crabier © Jean-Baptiste ANGINOT ; le phoque crabier est un habitant commun dans la région)

Dans l’histoire géologique mouvementée de notre planète fut un temps lointain où durant l’ère du Carbonifère la quasi-totalité des terres émergées se concentrait en un unique mégacontinent, la Pangée, qui était cerné de toute part par un océan gigantesque.

La Pangée se scinda ensuite en deux supercontinents, la Laurasie au nord, composée des masses terrestres qui allaient devenir l’Eurasie et l’Amérique du Nord, et le Gondwana au sud qui allait par la suite se diviser en plusieurs continents : l’Afrique il y a 160 millions d’années, le sous-continent Indien il y a 125 Ma, puis l’Australie et la Nouvelle-Guinée il y a 40 Ma et enfin l’Amérique du Sud il y a 33 Millions d’année.

Encore rattaché à l’Amérique du Sud, un continent de 14.2 millions de km2 (25 fois la superficie de la France Métropolitaine) allait poursuivre sa dérive au sud par le jeu de la tectonique des plaques et finir par se retrouver complètement isolé au-delà du cercle polaire : l’Antarctique, le ‘continent blanc’ dont le nom signifie en grec ‘opposé à l’Ourse’ car il se situe à l’opposé de la constellation de la Petite Ourse qui indique le nord dans l’hémisphère nord.

 - Image 2

L’ANTARCTIQUE LE CONTINENT AU CLIMAT LE PLUS HOSTILE DE LA PLANETE

(Illustration : schéma Wikimédia du courant circumpolaire Antarctique - Wikimédia Commons - CC0)

Masse terrestre autrefois dotée d’un climat tropical et d’une faune variée de marsupiaux, dinosaures ou oiseaux, la dérive australe du continent Antarctique jusqu’au Pôle Sud de la planète allait s’y accompagner d’une chute progressive des températures entre - 34  et – 23 millions d'années pour aboutir à l’enfer glacé que l’on connaît aujourd’hui, une région des extrêmes recouverte en moyenne de 3 à 4 km de glace (l’inlandsis antarctique représenterait 90% du total des glaces de la planète) où l’on enregistre les températures les plus froides du globe allant de – 10°C sur les côtes à – 60/-70°C voir moins à l’intérieur des terres. Cerné de toute part par l’Océan, l’Antarctique l’est également par le courant circumpolaire antarctique qui accentue le froid sur le continent tout en jouant un rôle moteur dans la circulation océanique mondiale. Si en surface le froid règne en maître, la rencontre sous-marine des courants chauds venus du nord avec les eaux fraîches crée les conditions favorables à un incroyable foisonnement de vie marine.

 - Image 2

LES ANTARCTANDES, DES MONTAGNES GEANTES EN ANTARCTIQUE

(Photo : Un magnifique paysage antarctique © Jean-Baptiste ANGINOT)

L’Antarctique est également le continent le plus aride du monde, battu par des vents cinglants et scindé en deux par la chaîne Transantarctique aux reliefs spectaculaires culminant à 4.892 m d’altitude (le Mont Vinson qui dépasse le  Mont-Blanc de 80 mètres !). Ces montagnes ont la même composante géologique que la Cordillère des Andes voisine dont elle s’est séparée il y a 23 Millions d’années quand le passage de Drake s’est ouvert entre l’Amérique du sud et l’Antarctique. On parle d’ailleurs des ‘Antarctandes’ pour nommer la chaîne de montagnes qui hérisse la Péninsule Antarctique, cette avancée des terres antarctiques qui seule dépasse du cercle polaire et s’inscrit dans la continuité de la chaîne sudaméricaine.

 - Image 2

L'ANTARCTIQUE UN CONTINENT ENTOURE D'UNE MULTITUDE D’ILES ET D’ARCHIPELS

(Photo © Jean-Baptiste ANGINOT : Les îles subantarctiques sont des habitats prisés des oiseaux marins comme ici une roquerie de manchots papous avec une crèche de petits sur la gauche ;  ''Ce qui frappe lorsqu’on aborde les colonies de manchots, c’est qu’avant même d’être au milieu d’eux, une forte odeur de fientes envahit l’atmosphère en contradiction avec l’impression de nature minérale qui nous entoure. Et puis le concert incessant de leurs cris, sorte de roucoulement continu entrecoupé de cris perçants lorsque les manchots défendent leurs petits à peine éclos contre les pétrels agressifs. Mais une fois à leur contact, ils se révèlent peu craintifs vis-à-vis des prédations des photographes ! Une curiosité : le caractère douillet du nid accueillant leur couvaison et l’éclosion n’est assurée que… par les petits cailloux accumulés qu’ils n’hésitent pas à chiper chez le voisin !)

L’Antarctique est entouré par un chapelet d’îles, les îles subantarctiques, dont certaines aux volcans actifs. Souvent nommées selon la nationalité de leurs découvreurs (îles Sandwich du Sud découvertes par l’anglais James Cook en 1775, archipel des Kerguelen découvert en 1772 par le français Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec), elles sont une dernière étape avant d’accéder au continent Antarctique et représentent des zones de biodiversité importantes pour de nombreuses espèces d’oiseaux qui s’y établissent en colonies importantes sédentaires ou saisonnières appelées roqueries. On recense également deux mers sur le continent : la mer de Weddell à l’est de la péninsule antarctique et la mer de Ross côté Océan Austral, deux étendues gelées une partie de l’année où les glaces se fragmentent en été en formant le pack et libèrent des icebergs qui partent à la dérive.

 - Image 2

LE POLE SUD UNE TERRE D’AVENTURIERS, DE SCIENCES ET D’ENTENTE ENTRE NATIONS

(Photo : L’expédition menée par l’anglais Shackleton au ‘Farthest South’ (le point le plus au sud de la planète) de l’expédition Nimrod au début du XXème siècle – Wikimedia Commons – Domaine Public / CC0)

L’Antarctique est longtemps demeuré un continent mystérieux, une terre hypothétique qui se situerait tout au sud de la planète dans le prolongement de la Terre de Feu. Il faut attendre le XVIIIème siècle pour qu’une succession de navigateurs-aventuriers se lancent à l’assaut du pôle sud et poussent de plus en plus loin les explorations.

L’anglais James Cook mandaté par la Royal Navy est le premier à franchir le cercle polaire et découvre les îles Sandwich du Sud et la Géorgie du Sud en Janvier 1773. Les précieux apports scientifiques et géographiques de Cook ouvrent la voie à nombre de successeurs qui pousseront toujours plus loin la découverte du continent des glaces, dont l’explorateur français Dumont d’Urville qui débarque en 1840 sur les côtes antarctiques par le versant Pacifique Sud et revendique la Terre Adélie (du nom de son épouse) ou encore l’expédition Belgica menée par Adrien de Gerlache de Gomery entre 1897 et 1899 qui sera la première à effectuer un hivernage sur le continent.

Fait unique pour ce territoire pourtant riche en charbon et autres ressources, un consensus mondial pour une gouvernance partagée est trouvé autour du traité de l’Antarctique en Décembre 1959 pour en faire une terre pacifique dédiée aux sciences. Sur place, des bases établies accueillent des scientifiques de tous les pays qui mènent diverses études scientifiques dans un esprit de concorde.

 - Image 2

LE KRILL ESPECE CLE-DE-VOUTE DE L’ANTARCTIQUE

(Photo : Krill Antarctique (Euphausia superba) – Wikimedia Commons – CC BY-SA 3.0)

A l’exception de bactéries extrêmophiles capables de survivre dans les lacs d’eau douce coupés de la surface depuis des millions d’années et découverts sous la calotte glaciaire antarctique par forage (lac Vostok dans la zone russe du continent), on ne recense aucune forme de vie à l’intérieur des terres où la température peut descendre en-dessous des – 80°C à l’exception de… Belgica antarctica, une espèce de petite mouche de 0.6 cm de long sans aile au génome réduit et officiellement le seul (et de fait le plus grand !) animal terrestre de l’Antarctique. Avec ses allures de crustacé, le seul insecte endémique du continent blanc vit deux ans à l’état de larve super-résistante dans le sol et les mousses puis une dizaine de jours au stade adulte.

Phoques, manchots, oiseaux marins et lichens, mousses et hépatiques : la vie animale et végétale est en revanche bien présente en surface sur les côtes littorales de l’Antarctique et les rivages et falaises des îles subantarctiques.

Quant à la vie sous-marine, c’est un véritable foisonnement parfois insoupçonné comme est venue l’illustrer la découverte en Février 2021 par une expédition allemande de l’Institut Alfred Wegener de la plus importante frayère de poissons jamais découverte : des millions de nids du poisson des mers de Jonah Neopagetopsis ionah par 400 m à 500 m de fond sous les glaces de la Mer de Weddell !

Il est en revanche un autre animal bien connu qui pullule dans les eaux locales et qui est à la base de la chaîne alimentaire de tout l’écosystème : le krill antarctique, un petit crustacé luminescent de 4 à 7 cm de long qui ressemble à une petite crevette sans pinces. A la faveur de l’été austral et de la luminosité accrue qui favorise la photosynthèse, les microalgues qui constituent le phytoplancton se développent et nourrissent le krill qui pullule alors en essaims de millions d’individus et figure à son tour au menu de nombreuses espèces de poissons, baleines, manchots, phoques, oiseaux et organismes marins. Espèce clé de voûte dont dépend tout l’équilibre du milieu, le brave petit Euphausiacé joue aussi un rôle de pompe biologique car il capture le carbone du phytoplancton en se nourrissant puis le relâche ensuite vers les profondeurs dans ses excréments.

 - Image 2

BIODIVERSITE ET FAUNE DE L’ANTARCTIQUE ET DES ILES SUBANTARCTIQUES

(Photo : Orques © Jean-Baptiste ANGINOT : 'Nous avons eu la chance de croiser un ballet de six orques dans une fin d’après-midi qui s’étirait. Une demi-heure de jeu entre mères et petits. Le temps s’est arrêté !')

Si on ne trouve ni ours polaire, ni morse, ni narval dans les eaux glaciales baignant le pôle sud de la planète, l’écozone Antarctique est néanmoins riche de quelque 700 espèces animales dont une quarantaine d’espèces d’oiseaux (pétrels, fulmars et manchots notamment), six espèces de phoques et de nombreuses espèces de cétacés. Parmi les espèces emblématiques de la région, citons le manchot empereur, le plus grand des manchots du haut de ses 1,20 m (pour un poids de 40 kg) et la seule créature qui s’aventure à l’intérieur du continent où les mâles affrontent le froid meurtrier de l’hiver en se collant les uns aux autres en formations en tortue ; le phoque crabier, un pinnipède au manteau brun-jaune à gris argenté qui évolue dans les glaces flottantes et se nourrit de krill ; l’orque épaulard qui occupe la position de super prédateur avec le grand requin blanc ; et le rorqual bleu (la grande baleine bleue) qui du long de ses 30 m (pour un poids 190.000 kg) vient croiser dans les eaux antarctiques à la faveur de l’été austral pour se nourrir du krill avant de migrer vers des eaux plus chaudes pour se reproduire.

 - Image 2

DIX-HUIT ESPECES DE MANCHOTS DANS L’HEMISPHERE SUD

(Photo © Jean-Baptiste ANGINOT ; à gauche un manchot papou et son petit ; au milieu un manchot à aigrette aussi appelé gorfou ; à droite un manchot à jugulaire)

Non il n’y pas de manchots au Pôle Nord et non les manchots ne sont pas des pingouins ! Les 18 espèces de manchots (famille des sphéniscidés divisée en 6 genres distincts) identifiées à ce jour vivent toutes dans l’hémisphère Sud. La confusion entre manchot et pingouin vient du terme 'pinguin' utilisé en anglais pour parler des manchots alors qu’en français, le pingouin est une espèce d’oiseau marin distincte, le pingouin torda (Alca torda) ou petit pingouin, un oiseau migrateur certes noir et blanc mais qui vole et est présent dans l’hémisphère nord uniquement – et visible sur quelques côtes bretonnes comme au Cap Fréhel !

Certaines espèces de manchots vivent sous les latitudes plus clémentes baignées de courants froids des côtes sud-africaines (le manchot du Cap), sud-américaines (le manchot de Magellan et le manchot de Humboldt, espèce menacée à l’état sauvage au statut ‘Vulnérable’ mais assez courante dans les parcs zoologiques français), australiennes (manchot pygmée, manchot à ailerons blancs, gorfou de Schlegel sur l’île Macquarie), néozélandaises (rarissime manchot antipode) et de l’archipel des Galápagos (manchot des Galápagos). Les aires de répartition des autres espèces de manchots se répartissent plus au sud entre les zones côtières des îles subantarctiques jusqu’au continent de glace. Originaires d’Australie et de Nouvelle-Zélande, les manchots seraient apparus il y a 22 millions d’années et vivaient dans des eaux tempérées avant d’évoluer pour s’adapter aux refroidissements successifs dus aux cycles glaciaires dont le dernier s’est achevé il y a 12.000 ans.

Anigaïdo vous propose maintenant de découvrir cinq espèces fascinantes de l’écozone Antarctique !

 - Image 2

#5 LE PHOQUE DE WEDDELL APNEISTE SOUS LA GLACE ET CHANTEUR

(Photo : Phoque de Weddell © Jean-Baptiste ANGINOT ; 'Ces phoques sont connus pour leur chant et lors de notre bivouac sur une île, ils ont bercé notre (court) sommeil accompagné par les craquements des glaciers alentour. Ils ont été des compagnons plutôt pacifiques sur cette langue de neige partagée !')

On recense six espèces de pinnipèdes dans le Subantarctique, la région délimitée par la convergence antarctique incluant l’Antarctique et les îles qui l’entourent : l’otarie à fourrure antarctique, les phoques crabiers, de Ross et de Weddell, l’éléphant de mer du sud et le léopard de mer. Pour elles comme pour les cétacés et les manchots qui évoluent sous ces latitudes polaires, le gras, c’est la vie ! C’est en effet grâce à une épaisse couche de graisse protectrice que tous ces animaux à sang chaud arrivent à survivre dans le froid polaire.

Parmi ces espèces, le phoque de Weddell Leptonychotes weddellii est très à l’aise sur les glaces littorales qui cernent le continent. Il s’y creuse des trous qui lui servent à accéder aux eaux sous-marines et remonter respirer. Mesurant 2.70 m de long pour un poids de 400 kg à 600 kg, on peut le considérer comme un ‘poids moyen’ chez les pinnipèdes ; quand en revanche il descend en apnée pendant près d’une heure (contre 20 minutes en moyenne chez les autres phoques) par plus de 500 m de profondeur (vs 116 m pour le record de plongée en apnée en poids constant bi-palmes chez les humains) pour aller chasser poissons et céphalopodes, il entre clairement dans la catégorie des champions ! Une telle prouesse, le phoque de Weddell la doit à une caractéristique commune à tous les pinnipèdes : une plus grande quantité de sang dans son organisme dont la circulation se ralentit grandement quand il plonge et qui a la capacité de libérer davantage d’oxygène.

 - Image 2

#4 LA BALEINE A BOSSE UNE GLOBE-TROTTEUSE MELOMANE

(Photo : Baleine à bosse © Jean-Baptiste ANGINOT ; 'La rencontre avec les baleines est toujours impressionnante, marquée par la surprise de son surgissement. La majesté de ses mouvements, la difficulté d’en bien saisir la taille, le bruit de ses évents, tout contribue au mystère et au respect de ce géant des profondeurs…')

Présente dans tous les océans et mers du monde, la baleine à bosse est une grande voyageuse dont certaines populations descendent jusqu’à la péninsule antarctique à la faveur de l’été austral pour venir se nourrir du précieux krill et de poissons qu’elle capture en claquant sa queue imposante à la surface pour les étourdir ou en pêchant en groupe selon une technique consistant à créer des rideaux concentriques de bulles qui piègent ses proies. Quand vient l’hiver elle quitte les eaux polaires et remonte vers des latitudes plus clémentes pour mettre bas et élever sa progéniture. Outre le fait qu’elle soit visible à de nombreux endroits de la planète à proximité des côtes, ses sauts spectaculaires hors de l’eau et sa curiosité envers les bateaux en font sans doute la plus célèbre des baleines.

Une des spécificités de la baleine à bosse, c’est également son chant complexe qui peut porter sur plus de 180 km et est pratiqué par les mâles solitaires pendant la période de reproduction ou quand par exemple un individu rejoint un groupe mené par une femelle pivot et qu’il salue ce groupe à son arrivée et à son départ. Les longues et complexes mélopées se décomposent en thèmes, phrases et motifs. Le chanteur choisit généralement une zone au fond lisse entre 10 à 40 m de profondeur et se positionne à la verticale, tête en bas, pour que porte au maximum son message sonore. Il y a même des modes d’une saison à l’autre car si les jubartes (autre nom des baleines à bosse) d’une même région adoptent les mêmes tendances et une mélodie commune, chaque individu a sa propre voix et son propre style qui évolue dans le temps !

Après avoir exploité les populations de cétacés de l’hémisphère nord dès 1860, l’industrie baleinière découvre la richesse des eaux du grand sud et la Géorgie du Sud devient la capitale mondiale de la chasse à la baleine quand dans les années 1920 les navires-usines sillonnent les mers australes et massacrent les baleines à bosse côtières, les grandes baleines bleues et tous les cétacés qui passent à portée de harpon. Alors que certaines espèces frôlent l’extinction à cause de cette pêche intensive, la création de la commission baleinière internationale en 1948 puis le moratoire sur la chasse à la baleine en 1982 vont permettre aux populations de cétacés de se remettre de cette exploitation. Les baleines sont encore chassées par quelques peuples autochtones de Sibérie, du Canada ou d’Alaska (dans le cadre d’une pêche aborigène de subsistance) et par le Japon, l’Islande et la Norvège.

 - Image 2

#3 LE MANCHOT ADELIE UN CHAMPION DE PLONGEE LUBRIQUE

(Photo : Manchots Adélie avec leurs petits © Jean-Baptiste ANGINOT)

Parmi les espèces taillées pour encaisser le froid à l’aide d’une bonne couche de graisse et d’un plumage imperméable, on trouve Pygoscelis adeliae, le manchot Adélie du nom de la zone de l’Antarctique où il fut découvert. Aussi nommé manchot à longue queue, il mesure de 60 cm à 70 cm de haut pour un poids variable de 3 kg à 7 kg selon la saison et on le reconnaît au cercle blanc caractéristique autour de ses yeux. Ce manchot prolifique est commun sur la zone avec ses 10 millions d’individus et il est la seule espèce avec le manchot empereur à passer l’hiver dans l’Antarctique. Comme les autres manchots, c’est un oiseau essentiellement marin qui passe la grande majorité de son temps en mer pour s’y nourrir de krill, calmars et poissons, le reste étant dédié au repos sur les côtes rocailleuses et les floes, ces longs fragments plats de glace flottante. Champion de plongée qui peut descendre par 170 m de fond et retenir son souffle pendant presque 4 minutes, le manchot Zdélie est également capable de sauts spectaculaires à 2 m hors de la surface de l’eau pour atteindre une falaise ou un escarpement.

Quand vient la période de la reproduction, les colonies se forment sur les côtes libérées des glaces et chaque couple retourne chaque année au même emplacement pour y former un nid rudimentaire en forme de cercle concentrique construit avec des cailloux et des galets sur des zones rocheuses protégées de l’eau. Toute la colonie pond dans le même laps de temps à raison de deux œufs par couple. Les parents se relaient pour couver les œufs pendant un gros mois puis nourrir leur progéniture, une épreuve éreintante durant laquelle ils perdent la moitié de leur poids avant de confier les petits aux crèches de la colonie une fois qu’ils sont assez grands.

Champion de plongée, nageur hors pair et parent attentionné et dévoué, un portrait presque parfait du manchot idéal… cependant contrebalancé par le côté obscur du manchot Adélie. Agressions, bagarres, vol de galets, prostitution et comportements sexuels extrêmes : le manchot Adélie est aussi une espèce agressive dont les comportements violents ou lubriques choquèrent en son temps la morale de George Murray Levick, le premier scientifique à étudier l’espèce, au point qu’il en censura certaines de ses observations et que cette ‘face sombre’ du comportement du manchot adélie demeura cachée pendant une cinquantaine d’années !

 - Image 2

#2 L’ELEPHANT DE MER DU SUD UN TITAN PAS TRES ‘WOKE’ CHEZ LES PINNIPEDES

(Photo : Eléphant de mer du sud © Jean-Baptiste ANGINOT ; 'Pas présents sur les plages abordées en terre de Graham, nous avons trouvé ces éléphants des mers du sud en remontant sur les îles Barrientos (Shetlands du sud). La comparaison avec leurs cousins est un peu à leur désavantage. Larvés au soleil, ils paraissent plus primitifs. Mais c’est aussi une rencontre avec des animaux qui semblent traverser les âges.')

Si le phoque de Weddell et ses plongées à 500 m de profondeur sont remarquables, que dire de l’éléphant de mer et sa capacité à plonger en-dessous de 2.000 m ? C’est simple : en la matière, il est le meilleur chez les phoques et otaries et il surpasse même par ces performances une grande partie des cétacés, pourtant des spécialistes du genre. A le voir traîner péniblement son énorme carcasse adipeuse sur les rivages des îles subantarctiques, on pourrait douter de ses capacités athlétiques... Que nenni ! A la manière du manchot chez les oiseaux, il est un animal qui a évolué pour s’adapter au milieu marin où il passe 10 à 11 mois par an. Nageur puissant équipé de très grands yeux et de vibrisses (ses poils de moustache) hyper sensibles, son poids est un atout pour descendre plus vite dans les zones obscures où il chasse ses proies (céphalopodes, poissons, krill, mollusques…) et son sang bien plus que ses poumons emmagasine et redistribue l’oxygène dans son organisme pour lui permettre de longues apnées sans paliers de décompression. En mer l’éléphant de mer est plutôt solitaire et ses zones de pêche se situent en bordure du cercle polaire antarctique.

Quand vient la saison des amours, l’impressionnant mâle d’éléphant de mer du sud Mirounga leonina (record d’un individu à presque 7 m de long pour un poids supérieur à 4 tonnes) rejoint vite les femelles sur la plage qui les ont vu naître et se mue en mâle Alpha féroce, querelleur et libidineux. De grandes colonies d’éléphants de mer se forment à partir de la fin septembre sur les rives des îles subantarctiques qu’ils se partagent souvent avec les manchots royaux. Les femelles y viennent pour mettre bas, élever les jeunes qui apprennent à nager dans les flaques et retenues d’eau à l’abri des orques et des léopards de mer jamais bien loin, et s’accoupler à nouveau avec le maître des lieux, le pacha qui veille jalousement sur son harem et affronte tout mâle qui tenterait de prendre sa place. Si les femelles sont deux à trois fois plus petites que les mâles, pour ces derniers la compétition est rude et seuls les individus les plus gros et les plus forts gagnent le droit de s’assurer une descendance.

Si les mises en garde d’usage à grand renfort de cris amplifiés par leur trompe nasale ne suffisent pas, les mâles se font face et s’arc-boutent pour se laisser tomber sur leur vis-à-vis. Protégés par un plastron de chair renforcée sur le cou et le poitrail, ils utilisent leurs canines pour blesser leur opposant. Une fois que celui-ci a abdiqué, ils retournent imposer sans ménagement leur désir aux femelles sans prêter garde aux jeunes qu’ils écrasent parfois. Certains jeunes mâles réussissent cependant à s’accoupler avec des femelles en périphérie du groupe et d’autres essaient de soutirer du lait aux femelles allaitantes pour vite gagner de la masse.

Au terme de cette période éreintantemâles et femelles perdent déjà beaucoup de poids, l’éléphant de mer enchaîne sur l’étape pénible de la mue où il se débarrasse de son ancien pelage dans un processus nauséabond et terriblement éprouvant pour lui. A l’issue de cette ultime épreuve il peut enfin regagner les eaux fraîches qu’il affectionne pour se nourrir à nouveau.

 - Image 2

#1 LE LEOPARD DE MER LA TERREUR DE L’ANTARCTIQUE

(Photo : Le redoutable léopard de mer © Jean-Baptiste ANGINOT)

Le léopard de mer Hydrurga leptonyx est un des animaux mythiques de l’Antarctique, un phoque carnassier géant aux allures reptiliennes qui fait un bon candidat au titre de terreur #1 de l’Antarctique mais est-il vraiment si méchant et si féroce ?

Côté pile, il est effectivement un prédateur redoutable doté d’une grosse mâchoire carrée aux dents aiguisées. Un corps tacheté puissant et fuselé qui chez la femelle plus massive peut atteindre 4 m de long pour un poids d’une demie-tonne, des déplacements sur la banquise en rampant à la façon d’un reptile, des dents de 3 cm spécialisées pour attaquer diverses proies allant du krill (qu’il peut filtrer façon baleine) aux manchots (qu’il attrape dans l’eau avant de les déchiqueter) et aux autres espèces de phoques : autant de caractéristiques qui font du léopard de mer un méchant de dessin-animé idéal comme dans ‘Happy Feet’ (2006). Craint par les marins, il a également une réputation d’animal dangereux pour l’homme et des attaques ont effectivement été relatées, les plongeurs ayant aujourd’hui pour instruction de quitter l’eau si d’aventure un léopard de mer rôde dans le coin.

Côté face, le léopard de mer est un solitaire qui peut être aperçu partageant paisiblement un bout de banquise pour se reposer auprès de manchots. Avec un régime alimentaire qui fait la part belle au krill antarctique, aux poissons et aux calmars qu’il chasse dans les eaux circumpolaires de son aire de répartition, il n’est pas non plus le super prédateur de l’Antarctique qu’est par exemple l’orque (au menu duquel il lui arrive d’ailleurs de figurer). La femelle est également une mère célibataire plutôt attentionnée qui donne le jour à un unique petit en septembre après 7 mois de gestation, rejeton qu’elle allaite pendant ensuite un bon mois.

Si ce pinnipède carnivore est effectivement un animal intimidant dont il convient de se méfier, il est surtout, comme beaucoup de prédateurs, un ‘grand incompris’ ainsi que le relate Paul Nicklen, le célèbre photographe animalier. Fasciné par les pôles, le canadien part en 2006 réaliser un reportage dans l’Antarctique pour le compte de National Geographic. Lors de l’une de ses premières plongées, il croise la route d’une énorme femelle léopard de mer qui lui fonce dessus… avant de sembler se raviser et développer un comportement pour le moins déroutant. Pendant des heures et dans une attitude que l’écologiste qualifie de ‘nourricière’, l’impressionnant pinnipède va en effet lui ramener une succession de manchots morts ou vifs qu’elle va carrément finir par lui jeter au visage. Paul Nicklen réalise à cette occasion une série de photos incroyables immortalisant cette rencontre et a sans doute aidé à changer la perception du léopard de mer.    

 - Image 2

L’ŒIL DU PASSIONNE : JEAN-BAPTISTE ANGINOT VOYAGEUR-PHOTOGRAPHE FOU D'ICEBERGS

Interview :

Bonjour Jean-Baptiste, peux-tu te présenter et nous parler des origines de ta passion pour l’Antarctique ? Qu’évoquent pour toi ces territoires ?

Jean-Baptiste ANGINOT : D’une famille de voyageurs, ma carrière d’industriel m’a conduit dans bien des endroits de la planète, mais j’ai gardé une prédilection pour les grands espaces naturels, les déserts ou les treks dans l’Himalaya. Féru de littérature de voyages, les récits des aventuriers et découvreurs de la planète m’accompagnent depuis longtemps. Lorsque j’ai disposé de plus de temps, je me suis intéressé à l’Antarctique comme à un ailleurs absolu et non pas un pays ou un paysage de plus.

Les récits de la découverte de l’Antarctique sont impressionnants par le courage et la persévérance déployées par les premiers marins. L’Odyssée de l’Endurance d’Ernest Shackleton est un summum !

Comme la description du continent ci-dessus le montre bien, c’est l’immensité des paysages qui frappe le plus avec ce caractère très particulier donné par la lumière polaire. On en retire vite une impression de pureté originelle, comme une sensation d’être transposé dans les premiers âges de la planète.

Peux-tu nous raconter le voyage vers le continent glacé, qui ne doit pas être de tout repos ? Quel était ton périple ?

Jean-Baptiste ANGINOT : Parti d’Ushuaïa et la terre de Feu pour rejoindre la terre de Graham sur la corne de l’Antarctique sur les pas de Charcot, il faut 48h de traversée en subissant les quarantièmes rugissants et la mer démontée du passage du Drake. Ça secoue un peu ! Un phénomène extraordinaire est le passage des brouillards dûs à la convergence des eaux chaudes et des eaux froides. C’est le moment où l’on passe de l’autre côté du miroir…

Ça se calme à l’approche des îles Shetland du sud et les abords du continent se révèlent alors dans un silence absolu au lever du soleil vers 2h et demi - trois heures du matin ! Entre les brumes qui occasionnent le phénomène de parhélie avec l’impression de plusieurs soleils, les icebergs tabulaires qui dérivent au loin, et les îles qui forment avec le continent des passages comme le détroit de Gerlache, les paysages de toute beauté défilent au long de nos pérégrinations.

 - Image 2

LES ICEBERGS DES MONSTRES DE GLACE FASCINANTS !

 (Photo © Jean-Baptiste ANGINOT)

Les icebergs constituent un de tes sujets photos favoris. Peux-tu nous en dire plus sur ce sujet ? Que cherches-tu à capter quand tu photographies ces monstres ?

Jean-Baptiste ANGINOT : Découvrir les icebergs et les multiples configurations de la glace en mer et aux abords du continent devient une passion nourrie par l’extrême diversité physique mais aussi morphologique. Les premiers explorateurs ont décrit des apparitions de ruines de villes, de minarets ou de cathédrales ! Et la réalité ne déçoit pas !

Les icebergs sont souvent issus du vêlage des glaciers du continent dans la mer et vont à la dérive au gré des vents, des fontes et regels successifs. L’érosion des vents et de l’eau de fonte modifie leur masse et aboutit à les faire basculer et se retourner. La nature présente des formes magnifiques. C’est à la fois l’hubris, la démesure, et l’impermanence. Capter ces formes imposantes et éphémères est une façon d’arrêter le temps sur la beauté immanente de notre planète.

Quel est le matériel photo que tu utilises ?

Jean-Baptiste ANGINOT : J’utilise 2 boitiers Nikon D750 plein format, l’un avec un zoom 70-300mm et l’autre un zoom 16-35mm, et puis un petit Leica que je destine surtout aux photos Noir&Blanc.

 - Image 2

L’ANTARCTIQUE UN RESERVOIR D’EAU DOUCE FACE AU RECHAUFFEMENT PLANETAIRE

(Photo : Vêlage d'un glacier © Jean-Baptiste ANGINOT)

L’écozone Antarctique n’échappe pas au réchauffement climatique, particulièrement les zones de la mer de Weddell et de la mer de Ross. Quels sont les effets que tu as pu constater sur place et/ou ceux relatés par les scientifiques rencontrés sur place ?

Jean-Baptiste ANGINOT : A part le fait d’être surpris par une température moins extrême qu’en haute montagne, un séjour court et unique ne permet pas de témoigner de l’évolution en cours. Le climat est très changeant et des journées de froid intense font place à un redoux, qui peut être bien venu comme lors de notre passage sur le chenal Lemaire.

Mais l’expédition que nous avons faite avec Grand Nord Grand large était accompagnée de nombreux jeunes scientifiques, glaciologues, biologistes ou ornithologues. Si l’Antarctique a pu paraître un temps à l’écart du réchauffement de la planète, les signaux s’accumulant depuis quelques années ne laissent plus de place au doute : là-aussi le réchauffement est à l’œuvre. Contrairement au pôle nord, il n’y a pas uniquement de la banquise en Antarctique. C’est un continent avec de hautes montagnes. Il y a un effet de masse  très important. Comme il a été rappelé plus haut les courants qui entourent le continent le protègent aussi. Ces caractéristiques ont sans doute retardé les effets d’un réchauffement global de la planète.

Le fait que l’Antarctique contienne sous forme de glace la plus grande réserve d’eau douce de la planète conduit à examiner les changements que la fonte massive peut introduire dans tout l’écosystème. On pense bien sûr à la montée des eaux qui impacterait toutes les terres émergées et redessinerait nos littoraux à échéance d’une trentaine d’années.

Mais aussi, deux conséquences importantes se dessinent : d'une part la modification de la salinité des eaux de l’océan austral entraine une modification de la densité des eaux qui déséquilibre la structure des différents courants marins régulateurs du climat global ; et d'autre part le changement de densité des eaux moins salines conduit à une moindre absorption du CO2, ce qui entraîne dans un cercle vicieux.

Enfin, la modification de température et de salinité des eaux conduit à une modification des conditions de reproduction du Krill et de sa localisation. Or celui-ci est à la source de l’équilibre de l’écosystème Antarctique et ce sont donc les espèces décrites ci-dessus qui verront leurs conditions de vie modifiées et pour certaines menacées.

Tout cela résonne très différemment lorsqu’on assiste au vêlage d’un glacier sur place : le phénomène naturel imposant se voit transformé en un témoignage de destruction !

 

LIENS :

Grand Nord Large

Crédit article : © Julien PIERRE & Jean-Baptiste ANGINOT

Commentaires sur cet article

Poster un commentaire
Top