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Migrations spectaculaires dans le monde animal !

9 Novembre 2018

(photo : Cigogne blanche / Julien PIERRE)

Si les oiseaux sont sans doute les premiers animaux qui viennent à l’esprit quand on parle de migration, la science arrive-t-elle à expliquer leur incroyable sens de l’orientation ? Sont-ils les seuls représentants du monde animal à migrer et existe-t-il différentes sortes de migration ? L’être humain en tant qu’espèce animale serait-il lui-même naturellement enclin à la migration ? Voici un dossier pour mieux comprendre le phénomène des migrations dans le monde animal.

LA MIGRATION DES OISEAUX

Si tous ne migrent pas et que d’autres ne sont des migrateurs que partiels, les oiseaux demeurent les animaux les plus connus pour les migrations saisonnières que certaines espèces entreprennent deux fois par an, avec schématiquement l’été dans les régions du Nord aux journées  d’ensoleillement plus longues (16 à 18 heures de jour dans l’Europe du Nord pendant la nidification  par exemple) et l’hiver au chaud dans les régions du Sud.

Baisse des températures, de la durée du jour ou encore raréfaction de la nourriture sont autant de facteurs déclencheurs de l’exode annuel. Après avoir fait des réserves de graisse, le peuple migrateur entreprend alors des périples souvent longs et périlleux en empruntant toujours les mêmes couloirs migratoires et en se ménageant des pauses sur la route pour économiser leur énergie. Lorsque les oiseaux volent en groupe et un peu comme une équipe cycliste, certains adoptent une formation en ‘V’ ou en lignes obliques, ceux de devant brisant l’air pour les autres qui prennent ensuite le relais du conducteur.

La capacité des oiseaux à s’orienter lors de ces longs périples est fascinante et demeure encore aujourd’hui pour partie mystérieuse. Ils auraient la capacité de s’orienter grâce à un compas biologique interne* mixant selon les espèces cartographie du ciel, du soleil et des étoiles, détection du champ magnétique terrestre et mémoire de la topographie des zones et lieux traversés.

Grâce au baguage des oiseaux et à un réseau de stations d’observation autour du monde, on connaît avec précision leur route, la vitesse de leur vol ou encore leurs destinations. Et de constater les distances incroyables couvertes par certaines espèces : les cigognes, les coucous, les engoulevents ou les faucons hobereaux parcourent 20.000 km par an, la distance aller-retour jusqu’à l’Afrique du Sud. Quant à la frêle sterne arctique, qui ne pèse qu’une centaine de grammes, c’est la championne ultime : elle passe 8 mois de l’année en vol et parcoure jusqu’à 70.000 km sur une année dans le cadre de ses migrations aller-retour des régions arctiques du Nord vers l’Antarctique, de l’autre côté du globe !

LE PERIPLE INFERNAL ET VERTIGINEUX DES GRUES DEMOISELLES !

Et ces voyages sont souvent très dangereux pour les oiseaux qui vont y laisser beaucoup d’énergie ! Pour vous en convaincre, regardez cette vidéo (en anglais, mais qu’importe) qui montre des grues demoiselles qui quittent la Mongolie pour rejoindre l’Inde et doivent survoler les plus hauts massifs de l’Himalaya sur leur route migratoire. Dans cette vidéo à couper le souffle, extraite des documentaires anglais BBC Planet Earth, les grues éreintées et transies de froid doivent affronter de redoutables tourbillons venteux pour tenter d’attraper la bonne colonne d’air chaud remontant de la vallée et qui leur permettra de franchir le mur des montagnes, au risque sinon de finir disloquées contre les parois abruptes.

LA MIGRATION DANS LES MERS, OCEANS ET RIVIERES

Océans, mers et rivières du monde entier sont également le théâtre de cycles migratoires dictés par l’instinct de reproduction et la recherche de ressources alimentaires, et ce sans distinction d’espèces. Ainsi, de l’étrange limule qui envahit par milliers des plages nord américaines au printemps certaines nuits de pleine lune aux différentes tortues de mer capables de nager des milliers de km pour retourner pondre sur les mêmes plages de sable qui les ont vu naître, le désir impérieux de procréer est plus fort que tout et impose à nombre d’espèces de longs périples, mammifères marins inclus. Ainsi les baleines à fanons passent l’été dans les eaux des régions polaires car le plancton y abonde, avant de migrer vers les eaux tropicales pour s’y reproduire. Championne toute catégorie chez les mammifères, la baleine grise parcoure 20.000 km par an depuis le Pacifique Est jusqu’à l’océan arctique. Quelques espèces de cétacés à dents effectuent également des migrations longues,  dont le colossal cachalot qui affectionne les eaux froides en période estivale.

Certaines espèces de poissons vivent aussi en mer à l’âge adulte mais remontent les cours des fleuves et rivières qui les ont vu naître au moment de leurs périodes de reproduction. On connaît par exemple l’anguille européenne, de plus en plus rare cependant car les barrages et aménagements humains des fleuves et rivières empêchent sa migration, ou l’esturgeon, dont les œufs pondus par milliers par les femelles sont ramassés et vendus à prix d’or (le fameux caviar). Mentionnons également l’épopée reproductrice du saumon d’Alaska, regagnant au prix de sa vie les cours d’eau qui l’ont vu naître pour y procréer puis mourir.

LE 'SARDINE RUN' EN AFRIQUE DU SUD, BUFFET A VOLONTE POUR LES PREDATEURS

Ces migrations massives de poissons font évidemment le bonheur des prédateurs ! Si les hordes de saumons remontant le lit des rivières d’Amérique du Nord offrent un véritable buffet à volonté pour les ours grizzlys, il est une autre migration massive de poissons très attendue de certains estomacs dans l’hémisphère sud : le ‘Sardine Run’, en Afrique du Sud. Il s’agit d’une migration massive hyper spectaculaire de sardines qui se regroupent en bancs compacts s’étalant parfois sur 15 km pour aller gagner des eaux plus chaudes et s’y reproduire, ce que ne manqueraient pour rien au monde tous les prédateurs des environs !

LA MIGRATION VERTICALE

Enfin il existe aussi dans les mers et océans un cycle quotidien d'aller-retour qu’on appelle la migration verticale : toute la minuscule faune planctonique remonte à la surface à la faveur de la nuit pour se nourrir, attirant avec elle son lot de prédateurs comme le calamar, tout ce petit monde regagnant les eaux profondes avant le lever du jour.

La migration verticale n’est d’ailleurs pas l’apanage d’une certaine faune aquatique puisqu’on la retrouve également dans les zones de montagne du globe. Le cerf de Virginie, comme nombre d’animaux  vivant en montagne, effectue une migration annuelle depuis les vallées de basse altitude où il passe l’hiver vers les sommets au-delà de la ligne des arbres qui reverdissent en été. Cette migration verticale est d’ailleurs également pratiquée par les bergers qui mènent leur bétail vers les pâturages des sommets lors de la transhumance.

MIGRATION DES ESPECES TERRESTRES

La recherche de nouveaux territoires pour se nourrir, c’est aussi ce qui motive les grandes migrations de mammifères terrestres : en Alaska et dans le Nord du Canada, d’immenses troupeaux de rennes migrent sur plus de 1.000 km pour gagner leurs quartiers d’été dans la toundra arctique, momentanément foisonnante de vie et de nourriture, avant de redescendre prendre leurs quartiers d’hiver dans les forêts de conifères plus au Sud. En Afrique, ce sont 2 millions de gnous, zèbres et gazelles qui migrent entre le Serengeti en Tanzanie et le Masaï Mara au Kenya.

A noter également que certains rongeurs effectuent des migrations, dont le lemming des toundras de Norvège est sans doute le plus célèbre. A la recherche de nouveaux territoires riches en herbes et lichens dont il se nourrit, il arrive que ce petit campagnol nordique se mette alors à migrer de façon massive, se jetant par erreur dans des bras d’eau infranchissables, phénomène interprété à tort comme des suicides collectifs.

LA MIGRATION DES HOMMES

Et l’Homme dans tout cela ? Est-il lui aussi une espèce pratiquant la migration ? Aujourd’hui seules quelques rares peuples nomades subsistent sur la planète, comme les Nénètses, une ethnie qui vit en Russie à proximité du cercle polaire et pratique l’élevage des rennes et la pêche ; mais ces peuplades font figure d’exception face à un mode de vie moderne dont la sédentarité semble être un des piliers. A tort ou à raison ?

Il y a 100.000 ans, homo sapiens, l’homme moderne entreprenait en réalité déjà des migrations qui allaient changer la face du monde, aux dépens notamment des autres espèces du genre homo, l’homme de Néandertal et l'homme de Denisova. Le mot de la fin sera pour Pascal PICQ, paléoanthropologue français auteur de nombreux ouvrages sur l'origine de l'Homme et son évolution, qui délivre dans cette interview pour la Cité des sciences et de l'industrie des propos passionnants sur les migrations de l’Homme durant la Préhistoire mais aussi sur les migrations actuelles et celles à venir.

* Note : Sur le sujet de la migration des oiseaux

Sur la migration des oiseaux, n’hésitez pas approfondir vos connaissances en consultant cet article très complet du site www.migraction.net, site référent sur le sujet et formidable base de données recensant des millions d’observations d’oiseaux en France documentées par un grand nombre de spécialistes et amateurs.

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