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Photo d'une pieuvre commune par Thomas PIERRE

Pieuvre, l'etrange creature des fonds marins

21 Novembre 2018

(photo : Pieuvre commune / Thomas PIERRE)

D’abord on ne le voit pas et on croit que l’aquarium est vide, alors on colle son nez au verre. Il faut scruter patiemment l’obscurité des anfractuosités dans la roche. Alors, délicatement, le poulpe déplie un de ses tentacules et ce qu’on prenait pour un rocher se met à bouger ! La créature de cauchemar se met en mouvement, prenant appui sur ses huit bras et bientôt un œil jaune apparaît au milieu de ce magma de ventouses et de chaire flasque et changeante.

DU KRAKEN A PAUL LE POULPE

(Vidéo : Cnews - Youtube)

Avec son aspect informe et tentaculaire, la pieuvre a longtemps été dans l’imaginaire des hommes une créature symbolisant l’enfer. Dans les cultures nordiques, celtiques et grecques, on considère qu’elle est un animal surnaturel issu de l’Hyperborée, une île mythologique aux confins de l’océan au-delà d’où souffle le vent du Nord. La pieuvre correspond au signe zodiacal du Cancer, en résonnance au solstice d’été considéré comme la porte des enfers. Du Kraken, croisement monstrueux entre un calamar géant et une pieuvre qui hante les océans dans les légendes nordiques, au monstre terrible qui attaque le navire du capitaine Nemo dans 20.000 lieues sous les mers, la pieuvre nous poursuit  encore dans nos cauchemars contemporains et se matérialise aussi bien dans les écrits de Jules Verne qu’au cinéma dans Pirates des Caraïbes.

Mais ce mollusque de la classe des céphalopodes mérite t’il vraiment cette réputation ? S’il est encore légitime de nourrir quelque angoisse et superstition concernant le mystérieux calmar géant du genre Architeuthis, un monstre de plus de 13 mètres qui hante les abysses des océans, le poulpe mérite d’être réhabilité et les incroyables prédictions de Paul le poulpe lors de la Coupe du Monde de football 2010 peuvent aider à le rendre plus sympathique car il est définitivement fascinant.

UN ANIMAL SENSIBLE A L'INTELLIGENCE REMARQUABLE

(Vidéo : InitiativClaudeGohin - Youtube)

En effet, le poulpe est un des animaux les plus intelligents peuplant les fonds marins. Son extrême vulnérabilité est compensée par des mécanismes d’adaptation et de défense incroyables. Capable de changer quasi instantanément la couleur, la forme et la texture de sa peau pour se fondre dans son environnement tel un caméléon, il a des neurones dans chacun de ses huit tentacules. Menacé, il jettera un nuage d’encre au visage de son prédateur pour filer dans une accélération foudroyante. Il sait aussi se glisser dans des coquillages vides pour se protéger et s’en faire une protection pour se déplacer, les pêcheurs utilisant d’ailleurs une bête boîte de conserve dans laquelle il va se lover pour l’attraper. Il peut sortir de l’eau (voire s’évader d’un aquarium !), dévisser le bouchon d’un bocal, placer un petit caillou pour bloquer un coquillage dont il va se nourrir et se mouvoir en plein air pendant quelques minutes si cela s’avère nécessaire. Emotif, curieux, craintif, il faut le voir face à ses congénères communiquer par le toucher et modifier les couleurs de sa peau pour signifier ses humeurs. C’est un animal capable de résoudre des problèmes complexes et d’apprendre, par lui-même et en observant ses congénères.

Ses huit bras munis chacun de deux rangées de ventouses lui servent à capturer ses proies. Le poulpe possède un bec, un organe buccal râpeux qu’on appelle radula, un gros cerveau et des yeux bien développés. Il se déplace (vite !) en expulsant l’eau contenue dans la cavité palléale qu’il utilise comme un siphon interne. Il chasse en générale la nuit et regagne son antre à l’aube, tanière qu’on peut repérer aux monticules de déchets et fragments de coquilles qu’il laisse traîner devant l’entrée.

Le poulpe vit de un à quatre ans en fonction de son espèce et ne se reproduit qu’une fois. Le mâle dépose le sperme dans la cavité palléale de la femelle au moyen d’un bras modifié. Elle va ensuite se réfugier dans un antre clos et surveiller ses œufs jusqu’à ce qu’ils éclosent, ce qui peut prendre plusieurs semaines à plusieurs mois selon l’espèce et en fonction de la température de l’eau. Durant toute cette période, elle ne s’alimente plus et va décéder peu après l’éclosion des œufs. Sur leurs vieux jours, les mâles eux deviennent séniles.

UNE GRANDE DIVERSITE D'ESPECES

(Vidéo : Le Zapping Sauvage - Youtube)

Il existe un très grand nombre d’espèces de pieuvres dans les mers et océans de la planète. Elles évoluent aussi bien dans les massifs de corail jusqu’au plancher insondable des océans, de la petite (10 cm) mais mortelle pieuvre annelée à la morsure extrêmement venimeuse qui vit dans les océans Indien et Pacifique, à l’étrange poulpe Dumbo, fascinant mollusque de 20 cm à l’allure sympathique qui hante les abysses jusqu’à 5.000 mètres de profondeur.

Poids & taille : traditionnellement dans les aquariums français vous pourrez voir la pieuvre commune (Octopus vulgaris) répandue dans l’Océan Atlantique et la Mer Méditerranée et qui peut mesurer 1 mètre, et la pieuvre géante du Pacifique (Enteroctopus dolfeini), un joli bébé de 3 à 5 mètres pouvant peser jusqu’à 50 kilos.

Reproduction : le poulpe, comme beaucoup de céphalopodes, ne se reproduit qu’une seule fois puis meurt. Une fois fécondée, la femelle pond des milliers d’œufs qu’elle va nettoyer avec l’eau expulsée par son siphon et toiletter avec ses bras. Lorsque les œufs éclosent, la mère pousse les petits  vers la sortie en leur soufflant dessus. Les petites pieuvres passent quelques mois parmi le plancton avant de rejoindre le fond.

Longévité : variable en fonction de l’espèce, de 1 an pour la Pieuvre Commune à 4 ans pour la Pieuvre Géante du Pacifique.

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