Qu'est-ce qu'un martin-pêcheur
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Martin-Pêcheur - © Thomas PIERRE

Martin-pÊcheur, le joyau flashy de nos rivieres

22 Janvier 2019

(photo : Martin-pêcheur - © Thomas PIERRE)

Vous vous promenez le long d’un paisible cours d’eau et soudain, sans crier gare, une minuscule flèche bleu électrique déboule et file en rasant l’eau en faisant un bruit de mitraillette. A peine le temps de réaliser ce qui se passe et déjà elle a disparu, au point de vous demander si vous n’avez pas halluciné !

Chanceux que vous êtes (surtout s’il venait par la droite ce qui est de bon augure selon une vieille croyance), vous venez de croiser la route d’Alcedo Atthis, le martin-pêcheur d’Europe, prince de nos rivières dont le magnifique plumage n’a rien à envier aux oiseaux exotiques.

Nous vous proposons de faire connaissance avec cet insaisissable lutin de nos rivières qui depuis longtemps inspire mythes et légendes, en découvrant notamment ses techniques de pêche et ses mœurs étonnantes, avant d’échanger avec Thomas PIERRE, photographe amateur passionné qui nous conte ses péripéties pour parvenir à approcher et immortaliser le martin-pêcheur.

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LE MARTIN-PÊCHEUR, OISEAU BLEU LEGENDAIRE ET SYMBOLE DE CHANCE ET DE FIDELITE

(Image : Le Jardin des Délices - Jérôme BOSCH - Museo del Prado - Wikimedia Commons - Public Domain)

Un mythe médiéval raconte qu’il fût le premier animal à quitter l’Arche de Noé. Entièrement gris à l’origine, il vola droit vers le soleil ce qui donna cette couleur aux teintes orange-feu au plumage sur son ventre. Oiseau synonyme de chance et de magie en Europe, ses plumes étaient réputées apporter santé et fortune au point d’être incorporées à des bijoux porte-bonheurs au XIXème siècle. En Chine, ses vols nuptiaux en couple en ont fait un symbole de fidélité et de bonheur conjugal. Par son chant et ses couleurs, il inspira également de nombreux artistes dont le célèbre peintre néerlandais Jérôme BOSCH, passionné notoire d’ornithologie, qui inclut une représentation très fidèle du martin-pêcheur sur le panneau central de son fameux triptyque Le Jardin des Délices (1480-1490) (et si vous avez 2 minutes, jouez à ‘Où est Martin ?’ et amusez-vous à retrouver notre ami parmi la multitude des créatures présentes sur le tableau ; indice : sur la partie gauche du panneau central).

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CLASSIFICATION ET HABITAT DU MARTIN-PÊCHEUR

(Photo : Martin-Pêcheur - fxxu - Pixabay - CC0)

Le martin-pêcheur d’Europe appartient à l’ordre des coraciiformes qui comprend 10 familles d’oiseaux (dont celle des Alcédinidés à laquelle il appartient) et près de 200 espèces très variées incluant notamment les guêpiers, la huppe fasciée ou encore les calaos.

Si lui-même se décline en 7 ou 8 sous-espèces dont la taille et la couleur varient, il a également des cousins sur les autres continents : le martin-pêcheur ceinturé blanc et gris foncé en Amérique du Nord, le martin-pêcheur pie à la robe noire et blanche présent en Afrique et en Chine ou encore le kookaburra, martin-chasseur géant (42 cm de long pour un poids proche des 500 g) vénéré par les aborigènes d’Australie et oiseau aux vocalises spectaculaires.

Le martin-pêcheur d’Europe a une vaste aire de répartition : il est présent en Afrique du Nord, au Royaume Uni, en Irlande et sur le continent Européen jusqu’en Chine, Japon et Asie du Sud Est. En revanche et parce qu’il fuit les hivers trop rigoureux, il n’est pas présent dans les pays nordiques. Il affectionne particulièrement les eaux courantes claires et peu profondes des rivières, petits cours d’eau et étangs, bordées dans l’idéal de boisements et de végétations qui constituent autant de perchoirs pour lui. Oiseau territorial et solitaire qui se montre agressif envers ses congénères en dehors de la période nuptiale, il aime s’établir sur un territoire de 1 km, correspondant à une portion de rivière ou de cours d’eau qu’il parcoure à 80 km/h en rasant l’eau en poussant ses cris stridents. Il ne migre pas mais se déplacera pour éviter le gel des eaux, et dans ses périodes solo, il est moins regardant sur son environnement, ce qui fait qu’on peut même l’apercevoir dans des estuaires, le long de côtes voire même en plein Paris !

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DESCRIPTION DU MARTIN-PÊCHEUR

(Photo : Martin-Pêcheur - Joefrei - Wikimedia Commons - CC BY-SA 3.0)

Oiseau aux couleurs flashy, le martin-pêcheur arbore un plumage brillant caractéristique mêlant bleu électrique aux reflets verts sur la tête, les ailes et le dos, blanc sur la gorge et les joues et orange-roux sur le ventre ainsi que sur une fine bande sous son œil. Ses pattes sont rouges et mâle et femelle ne se différencient que par la couleur de leur bec : noir chez le mâle alors la partie inférieure est orange chez madame.

N’excédant pas 16 à 17 cm de long pour un poids de 35 à 40 g, il a un corps court, compact et trapu avec un cou bref et une courte queue. Ses ailes sont courtes et arrondies et battent très vite, lui permettant parfois de se positionner en vol stationnaire au-dessus de l’eau pour repérer ses proies.

Son chant s’apparente davantage à un cri strident, une espèce de sifflement métallique caractéristique.

Enfin il arbore un long bec étroit en forme de dague, une arme redoutable qu’il manie avec précision quand vient l’heure de la pêche !

LE ROI PÊCHEUR, UNE MACHINE A MANGER ET PÊCHER !

Son nom anglais de kingfisher, le ‘roi des pêcheurs’, lui sied à merveille tant ce poids plume s’est spécialisé dans la pêche à l’affût des petits poissons, crustacés, batraciens et insectes aquatiques qui constituent son régime alimentaire. Oiseau hyperactif au haut métabolisme, il est obligé de pêcher tous les jours son poids en poissons pour survivre et peut monter à 70-80 poissons par jour quand il doit nourrir ses petits !

Ainsi il passe ses journées à parcourir son territoire et se positionne sur ses perchoirs favoris d’où il repère ses proies avant de plonger comme une flèche sur les poissons, qu’il va saisir jusqu’à 30 cm de profondeur. Il remonte ensuite rapidement sur son perchoir où il cogne le poisson contre une branche ou un support pour l’achever avant de l’ingurgiter tête la première. Comme les chouettes et hiboux, il régurgitera par la suite une pelote faite des débris qu’il ne digère pas.

Outre son redoutable bec, il est également doté d’une troisième paupière transparente à déplacement latéral qui lui permet de voir sous l’eau. Cette caractéristique, appelée membrane nictitante, est présente chez certains oiseaux, reptiles et poissons.

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IL NICHE… DANS UN TERRIER ! LA REPRODUCTION DU MARTIN-PÊCHEUR

(photo : Martin-pêcheur - © Thomas PIERRE)

Hors période de reproduction, c’est un solitaire qui fuit ses congénères et dort dans des arbres creux, roseaux ou de la végétation proche des berges. En revanche, quand vient la période nuptiale qui démarre en Mars, il recherche alors une partenaire et les deux amoureux vont se livrer à une parade amoureuse codifiée faite de poursuites et d’offrandes de poissons pour désamorcer l’agressivité naturelle des individus entre eux.

Le couple nicheur s’établit alors sur un territoire d’environ 1 km carré pour toute la période de nidification qui dure jusqu’à Juillet. Ils choisissent une paroi abrupte sur la berge pour… y creuser leur nid ! Ce tunnel d’une longueur de 40 à 100 cm se termine par la cavité du nid mesurant de 7 à 10 cm de haut pour une largeur de 10 à 13 cm de large.

La femelle y pond 5 à 8 petits œufs tout blancs qu'elle va couver pendant 23 à 27 jours. Le mâle nourrit la famille mais peut relayer la femelle pour couver les œufs. Une fois les oeufs éclos, les petits sont nourris par les parents pendant 3-4 semaines, y compris quelques jours après qu’ils soient sortis du nid, puis les petits se dispersent alentours pour vivre leur vie. La femelle peut avoir une seconde couvée, que les parents installeront dans un nouveau terrier.

LE MARTIN-PÊCHEUR, ESPECE MENACEE

(Vidéo : le martin pêcheur - arnicadesembets - Youtube)

Parce qu’il n’aime que les eaux pures, claires et poissonneuses, le martin-pêcheur, qui peut vivre 15 ans, est un marqueur biologique de la bonne santé d’un écosystème. Très exposé à la pollution des eaux de surface et à la disparition ou la dégradation de son habitat, ses populations sont en déclin constant et ce malgré sa protection totale par l’Etat. S’il s’avère difficile d’estimer sa population dans l'Hexagone – on parle de 1.000 à 10.000 couples, notre petit ami a malheureusement aujourd’hui en France le statut d’espèce ‘vulnérable’ à l’état sauvage. Peu aimé par les élevages piscicoles, dérangé par les loisirs nautiques bruyants pendant sa période de reproduction aux beaux jours, il est également très exposé aux épisodes de froid intenses ou de fortes chaleurs et les crues importantes peuvent submerger ses nids.

 
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L’ŒIL DU PASSIONNE : THOMAS PIERRE, PHOTOGRAPHE NATURE

Amateur passionné de photographie et amoureux de la nature, Thomas PIERRE ne rate jamais une occasion pour réaliser de superbes clichés d’animaux. Principal pourvoyeur des photos présentées sur anigaido.com, il nous parle de sa rencontre avec le martin-pêcheur, un sacré loustic pas facile à photographier !

Interview :

Tu es plus coutumier des photos de primates, rapaces, félins ou insectes qui ont ta préférence. Qu’est-ce qui t’a plu chez le martin-pêcheur ? Comment t'est venue l’envie de réaliser ces photos ?

Thomas PIERRE : Cette envie m’est venue suite à ma première rencontre avec l’ami Martin fin 2012, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Ce jour là, j’ai seulement aperçu un éclair turquoise - accompagné d’un cri aigu et semblable à une mitraillette - remonter un affluent de la Moselle près de chez moi. Dès lors que l’on connaît un peu l’avifaune il n’y a aucune méprise possible : il s’agissait de Alcedo atthis. Alors que je résidais là depuis 7 ans, je ne l’avais jamais remarqué, c’est dire s’il est furtif… Depuis ce jour, c’est une longue quête qui a commencé, car photographier le Martin n’est pas facile. C’est un animal très farouche, à la distance de fuite lointaine et à la vue affûtée : il détecte le moindre mouvement ce qui fait que la billebaude (photographie à l’approche) est mission impossible. Il faut donc créer un affût.

S’agissant d’un oiseau extrêmement sensible à la qualité de l’eau et de son environnement, où t’es-tu rendu pour réaliser tes photos, à quelle période et combien de temps ça t’a pris ?

TP : Je me suis rendu le long des berges du cours d’eau où je l’avais aperçu et j’ai fait du repérage pour connaître ses habitudes (perchoirs, lieux de pêche, fréquence de passage, présence de plusieurs individus ou non sur le même territoire) et pour trouver le meilleur spot en fonction de la lumière et du fond, sachant que les meilleures photos se prennent le matin quand le soleil est rasant. J’ai fait la plupart de mes photos en Juillet et Octobre. Les affûts peuvent durer des heures, souvent dans le froid et l’humidité et sans aucune garantie de résultat, ce qui est parfois très décourageant. Il faut une patience et un moral à toute épreuve. Et il faut essuyer de nombreux échecs avant de sortir des photos « potables ».

Méfiant, insaisissable et hyperactif : autant de caractéristiques qui rendent le martin-pêcheur particulièrement complexe à photographier. Comment approche-t-on cet oiseau magnifique ?

TP : Après avoir repéré un endroit où il vient souvent se percher (le photographier en vol est peine perdue), il faut s’y rendre très tôt le matin, si possible pendant qu’il est encore au nid. Ainsi vous et votre camouflage ferez déjà partie du décor lorsqu’il fera le tour de reconnaissance de son domaine et il sera moins méfiant. Attention l’affût au Martin est une activité addictive et très chronophage !

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VOIR OU ETRE VU, LES MESAVENTURES DU PHOTOGRAPHE A L'AFFÛT !

(photo : Martin-pêcheur - © Thomas PIERRE)

As-tu des anecdotes à nous raconter sur tes prises de vues ? Tu parlais notamment d’une invitée surprise lors du shooting !

TP : A force d’être immobile pendant des heures, la faune tout autour ignore votre présence. Ainsi j’ai été témoin de la traque d’un petit rongeur par une couleuvre à collier juvénile. Le petit rongeur était passé à quelques dizaines de centimètres de mes pieds en arpentant le terrain à la recherche de nourriture et c’est quelques minutes plus tard que j’ai aperçu une jeune couleuvre à collier en train de « flairer » sa proie grâce à sa langue et son organe de Jacobson. Cependant elle s’arrêta net à environ 1 m de moi et resta un instant figée. Elle a dû se rendre compte que ce qu’elle sentait n’était pas très catholique et d’un coup elle a rebroussé chemin sans demander son reste !

Un autre jour c’est un héron qui s’est fait une belle frayeur. J’avais préparé un perchoir pour mon ami Martin et de l’autre côté de la rivière un héron cendré a vu le beau morceau de branche et s’est dit qu’il allait lui seoir à merveille car il est venu dessus direct ! Ce n’est qu’en arrivant sur le perchoir qu’il m’a repéré (j’étais caché 2 m derrière), il a alors fait un changement de cap complètement cata. Pour cette fois il a laissé le style et l’élégance des grands échassiers de côté !

Une autre fois je pestais de ne voir aucun Martin depuis que je m’étais installé, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’il y en avait deux (sûrement un couple) dans mon dos en train de m’épier depuis une branche. J’ai eu comme l’impression qu’ils se foutaient de moi ! Martin est très farouche, mais il est aussi très curieux.

Quels sont les comportements marquants que tu as pu observer chez la ‘flèche bleue’ ?

TP : Son côté belliqueux face à ses congénères, son air inquiet quand un grand rapace (ex: milan noir) passe dans le ciel. J’ai aussi assisté à des séances de toilettage où il se sert de sa glande uropygienne pour enduire son plumage et l’imperméabiliser. Et bien sûr de nombreuses scènes de pêche et d’engloutissement de ses proies.

Quel est le matériel que tu utilises pour tes photos ?

PT : Pour mes séances de Martin, j’ai utilisé un boîtier reflex Nikon au format APS-C avec un objectif 70-200mm (ce qui est trop court pour de la proxyphoto), le tout fixé sur un solide trépied avec rotule pendulaire. Je cache l’ensemble sous un filet de camouflage. J’ai essayé 2 techniques : me cacher sous le filet ou me tenir à distance et déclencher avec une télécommande. Certains utilisent des tentes-affût, ça laisse plus de confort et ça permet de bouger sans être repéré mais c’est beaucoup plus encombrant. J’espère pouvoir faire un jour des portraits rapprochés avec  le 200-500 mm que j’ai acquis dernièrement.

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