Orang-outan, l'esprit de la foret - Anigaïdo
Guide pour sorties très bêtesEspace membre
 - Image 2

Orang-outan, l'esprit de la foret

8 Janvier 2019

(photo : Orang-outan - Pixel mixer - Pixabay - CC0)

Il a ce regard doux et profond qui éclaire son visage expressif, l'art du déguisement impromptu et des pitreries qui enchantent petits et grands, et des mimiques et attitudes imparables qui en ont fait un chouchou du cinéma, des Internets et d’Anigaïdo (notre bien aimée mascotte le Professeur Laurent :).

Et puis il y a ces photos insupportables où il apparait atrocement brûlé, cette vidéo virale où l’un d’eux se jette sur une énorme pelle mécanique et la frappe dans un geste désespéré ou encore le court-métrage d’animation ‘Il y a un orang-outan dans ma chambre’ de Greenpeace où un bébé orang-outan orphelin s’installe dans la chambre d’une petite fille parce qu’il n’a plus nulle part où aller, sa forêt natale étant rasée pour être remplacée par des palmiers à huile.

Dans cet article, nous vous proposons de faire plus ample connaissance avec l’orang-outan en vous présentant des mythes et représentations dont il fait l’objet, ses caractéristiques physiques et comportementales, et des actions entreprises pour sa sauvegarde avant de laisser la parole à Patrick KIENTZ, photographe animalier et aventurier globe-trotter qui a un faible pour le grand rouquin !

ANIMAL SYMBOLE DE LA LUTTE CONTRE LA DEFORESTATION

L’orang-outan, grand singe membre de la famille des hominidés (comme le gorille, le chimpanzé, le bonobo et homo sapiens (= nous les être humains)), est devenu un animal symbole pour les défenseurs de l’environnement, comme le panda, l’ours polaire ou encore la baleine.

Les forêts tropicales d’Indonésie, sa terre natale, sont rasées pour l’exploitation des bois exotiques comme le teck et sont remplacées par des plantations de palmiers à huile dont est tirée l’huile de palme, un ‘or vert’ qui rentre dans la composition d’une multitude de produits consommés couramment (pâtes à tartiner, biscuits, shampoings, savons, cosmétiques, agrocarburants, etc…). Cette déforestation effrénée (disparition de l’équivalent de la surface d’un terrain de football toutes les 4 minutes sur la planète) ne touche pas que l’Indonésie, mais les orang-outans paient le prix fort avec plus de 90 % de leur habitat parti en fumée au cours des 50 dernières années et la disparition quotidienne de 25 d’entre eux pour une population totale approximativement estimée à quelques 68.000 individus survivants.

MYTHES ET LEGENDES SUR L’ORANG-OUTAN

On trouve l’orang-outan dans les forêts primaires et les plaines forestières tropicales humides des îles de Bornéo et de Sumatra en Asie du Sud Est. Plutôt farouche à l’état sauvage où il évolue dans un environnement de jungle extrêmement inhospitalier pour l’Homme, les indonésiens disent qu’il serait doté de la parole mais qu’il préfère se taire par sagesse et par paresse. A Bornéo, les ethnies Dayak et  Punan ont un profond respect pour lui. En raison des rides sur son visage et de sa démarche voûtée, qui le font ressembler à un vieillard sage et avisé, une croyance veut qu’il abriterait l’âme des défunts. Il se dit également qu’il descendrait d’un être humain tombé en disgrâce qui aurait fui dans la forêt, inspirant peut-être son nom malais d’orang hutan, littéralement l’homme des bois.

Dans la culture occidentale, on retrouve l’orang-outan dans la Planète des Singes, où il incarne la caste des intellectuels (scientifiques, ministres, religieux et penseurs) dans la société des primates imaginée par Pierre Boulle dans son roman de science-fiction. Il est aussi le fantasque Roi Louie dans le dessin-animé original de Walt Disney, qui chante qu’il ‘voudrait devenir un Homme comme nous’ ou encore Clyde, le compagnon de fortune de  Clint Eastwood dans les films ‘Doux, Dur et Dingue’ (extrait proposé) et ‘Ca va Cogner’.

 - Image 2

LE GRAND SINGE LE PLUS ADAPTE A LA VIE DANS LES ARBRES

(Crédit photo : Nénette, la star du Jardin des Plantes - David Dellier - Wikimedia Commons -CC BY-SA 4.0)

L’orang-outan, primate du genre Pongo, est un grand singe au pelage clairsemé composé de longs poils roux, allant de l’orange vif pour les petits au marron foncé chez certains adultes. Il a la face nue et très expressive, rosée autour des yeux et de la bouche chez les plus jeunes. Il arbore un double menton et les mâles ont un disque facial qui va s’élargissant en vieillissant. Seul grand singe au mode de vie réellement arboricole et même si il est tout à capable de marcher au sol en se dressant sur ses pattes postérieures (bipédie), il est doté de longs membres se terminant par des pieds et des mains en crochet aux pouces opposables qui lui permettent de se déplacer aisément dans les arbres et saisir et manipuler des objets. Les mâles peuvent mesurer jusqu’à 1,40 m de hauteur et 2 m d'envergure pour un poids supérieur à 90 kg, et les femelles atteindre 1,15 m pour un poids jusqu’à 50 kg.

Jusqu’à récemment on ne connaissait que deux espèces d’orang-outan encore vivantes aujourd’hui : celle de Bornéo et celle Sumatra, caractérisée par un corps plus fin, des poils et un visage plus longs ainsi qu’une couleur plus pâle. Une troisième espèce a été identifiée en 2017, l’orang-outan de Batang Toru, qu’on ne trouve que dans une unique forêt primaire dans le Nord de Sumatra. Une fourrure plus foncée et frisée, ainsi que de la barbe pour les femelles et des moustaches pour les mâles dominants le distinguent des deux autres espèces déjà connues.

Leur régime alimentaire se compose d’une multitude de fruits (60 % de leur nourriture), plantes, feuilles et pousses qu’ils agrémentent à l’occasion d’œufs, d’insectes ou de miel ainsi que d’oiseaux ou de petits reptiles.

Ils se déplacent en permanence sur de vastes territoires personnels (mais non exclusifs) de plusieurs kilomètres carré sans jamais se perdre dans le dédale de la jungle. Fait incroyable, il semble que dans cette multitude, ils reconnaissent chaque arbre nourricier et la période où les fruits y poussent, ayant ainsi en tête une carte mentale précise pour repérer tous les arbres intéressants et quand les visiter ! Ils font ensuite leur itinéraire alimentaire de la journée en fonction de ce qu’ils veulent manger.

A l’état sauvage les orang-outans vivent 35 ans en moyenne mais ils peuvent atteindre 50 ans en captivité, un âge vénérable que fêtera d’ailleurs en 2019 Nénette, la femelle orang-outan superstar de la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris.

UN SOLITAIRE TRES ATTACHE A SA MAMAN

Les orang-outans à l’état sauvage sont des animaux plutôt solitaires. Dans la forêt tropicale où les sons se heurtent à de nombreux obstacles, l’orang-outan pousse des ‘longs cris’ territoriaux à basse fréquence amplifiés par son sac laryingien qui s’entendent à plusieurs kilomètres. Ces séquences matinales de 1 à 2 minutes se composent d’une série de rugissements puissants auxquels succède un crescendo de hurlements avant de finir par des grognements, histoire de se signaler aux congénères mâles et femelles des environs.

Les rencontres amoureuses se font à l’initiative des mâles qui appliquent une stratégie de rôdeur : errant sur leur domaine d’influence qui dans l’idéal englobe un maximum de femelles disponibles, ils ont ainsi plus de chances de trouver une guenon pour s’accoupler et former un couple temporaire jusqu’à ce que celle-ci tombe enceinte. La femelle donne naissance à un unique petit après une gestation de 8 à 9 mois, petit qu’elle élèvera donc seule. Le lien maternel est très fort chez l’orang-outan, le petit restant avec sa mère pendant plus de six ans, le temps pour elle de lui enseigner les secrets de la vie dans la forêt comme choisir les bons matériaux pour se confectionner un nid pour la nuit, se fabriquer une ombrelle, un parapluie ou une cuillère à miel ou encore apprendre à utiliser un pied de biche végétal pour ouvrir les fruits de neesia, un fruit à coque dont ils raffolent. Autant de pratiques ingénieuses et étonnantes qui font qu’on peut quasiment parler de culture… d’autant que l’on sait le grand primate doté d’un gros cerveau et d’une intelligence développée. Des expériences en captivité ont par exemple montré qu’ils savent se reconnaître dans un miroir et utiliser celui-ci !

 - Image 2

LA SAUVEGARDE DE L'ORANG-OUTAN

(Crédit photo : Orang-outan à Païri Daïza - © Thomas PIERRE)

Souvent arrachés à leur mère, les orang-outans, animaux au caractère sensible et gentil, étaient des animaux de compagnie très populaires en Malaisie et en Indonésie, où posséder un orang-outan marquait votre réussite sociale. Victimes de trafics jusqu’à finir exposés dans des vitrines de bars et de maisons closes en Thaïlande, il est maintenant interdit d’en posséder ou d’en vendre dans ces deux pays – Indonésie et Malaisie.

Braconné, trafiqué comme animal de compagnie et victime de la déforestation : comme ses cousins africains le chimpanzé et le gorille, l’orang-outan est aujourd’hui grandement menacé. Mais comme pour les chimpanzés avec Jane Goodall ou les gorilles avec Diane Fossey, il peut compter sur la passion et l’engagement d’un ange protecteur qui leur a dédié sa vie, Biruté Galdikas, membre comme Jane et Diane des ‘Trimates’, les trois femmes disciples du célèbre paléontologue et primatologue Louis Leakey. En 1986 elle a créé l’OFI (Fondation Internationale des Orang Outans) qui lutte pour sauver les primates et leur habitat. C’est également elle qui a créé Camp Leakey, un orphelinat recueillant les jeunes orang-outans pour les réhabituer à la vie sauvage et les réintroduire dans la jungle de Bornéo. Des ONG comme Greenpeace ou le WWF et de nombreuses associations sont au chevet de l’orang-outan pour tenter d’enrayer le déclin de ce quadrumane si attachant, notamment en agissant pour sanctuariser des territoires. L’écotourisme est également en développement et donne de l’espoir pour la conservation de ‘l’homme des bois’.

 - Image 2

L'OEIL DU PASSIONNE : PATRICK KIENTZ, AUTEUR DE 'REGARDS DE PRIMATES'

Terminons cet article avec sept questions posées à Patrick KIENTZ, photographe animalier globe-trotter fan des orang-outans et très impliqué dans la sensibilisation du public sur la beauté de la nature et sa fragilité, que ce soit via ses expositions photos ou ses interventions dans les écoles.

Interview :

Félins, ours polaires ou encore primates : tu parcoures le globe pour réaliser des photos d’animaux et sensibiliser le public et l’orang-outan est devenu ton favori. Qu’est ce qui t’a plu chez ce grand singe ? Pourquoi lui ?

Patrick KIENTZ : J’ai en effet un attachement particulier pour les primates (mon premier livre, édité chez Vilo en 2017 s’appelle « Regards de primates »), et parmi eux, l’orang-outan, que j’ai rencontré pour la première fois en 2013, m’a particulièrement troublé. Ce grand singe est très proche de nous génétiquement, et les attitudes en particulier des femelles envers les jeunes sont extrêmement émouvantes. On pourrait parler d’humanité dans le regard de l’orang-outan, si ce terme n’était pas si dévoyé…

Où te rends-tu pour réaliser tes photos d’orang-outan ?

PK : Toutes mes photos de ce très charismatique animal ont été réalisées, en 2013 et en 2018, en Indonésie, à Kalimantan, Tanjung Puting National Park.

Comment réussit-on à approcher les orangs-outans ? Ca ne doit pas être facile dans les jungles inhospitalières où ils vivent, d'autant qu'ils ont également la réputation d'être farouches.

PK : On ne peut que très exceptionnellement photographier des orangs-outans à l’état sauvage en pleine jungle, ces animaux sont, à raison, extrêmement méfiants. Il est par contre facile de les approcher près de stations de nourrissage, notamment près de Camp Leakey. Les animaux sont libres et sauvages, mais habitués à la présence de l’homme, qui les nourrit quotidiennement, pour éviter qu’ils ne quittent le peu de forêt qu’il leur reste, et qu’ils pénètrent dans les plantations de palmiers à huile, où ils seraient tués.

Pour toi, qu’est-ce qu’une bonne photo d’orang-outan et quel matériel utilises-tu ?

PK : L’orang-outan est particulièrement photogénique, il est donc assez facile d’en obtenir de bons clichés. Une bonne photo fera ressortir, avant tout, la profondeur de son regard, souvent teinté de ce que nous assimilons à de la tristesse…

J’utilise pour ma part du matériel Nikon, depuis plus de trente ans, et mes focales vont du 14-24 au 800 mm. Une focale entre 200 et 500 mm est généralement suffisante pour réaliser de bonnes photos pour bien situer l’animal dans son environnement, une focale plus longue permet de réaliser des portraits saisissants

 - Image 2

HISTOIRE D'UN CLICHE EXTRAORDINAIRE

Peux-tu nous raconter l’histoire derrière cette photo incroyable où un orang-outan est venu spontanément te voir pour te prendre la main ?

Patrick KIENTZ : Depuis une vingtaine d’années que je pratique la photographie animalière à travers le monde, cette rencontre est celle qui m’aura incontestablement le plus marqué (avec celle de la maman guépard qui m’a confié ses petits en les cachant sous ma voiture pour partir chasser). Je revenais d’une station de nourrissage à travers la forêt, accompagné d’un petit groupe d’amis photographes, et nous avons aperçu ce jeune mâle assis sur le chemin, à une bonne trentaine de mètres. J’adore faire des photos en me plaçant au niveau des yeux de mes sujets, je me suis donc couché par terre, et j’ai installé un boîtier et un 600 mm sur le trépied en position basse. J’ai commencé à photographier l’orang-outan qui a très rapidement semblé intrigué et intéressé par ma présence, et surtout par ma position, couché par terre. Orang-outan signifie en indonésien « homme de la forêt ». Je pense que pour lui, un « homme de la ville », cela se tient debout, et pas couché au sol…

L’orang-outan s’est alors levé, et il s’est approché de moi à pas décidés, pour finalement se coucher juste devant moi, et me fixer droit dans les yeux. Je vous laisse imaginer le rythme cardiaque et l’émotion !!!

J’ai doucement repoussé le trépied et la longue focale, inutilisable à cette distance, sur le côté, et j’ai tout aussi doucement sorti de mon sac photo un appareil, équipé avec un grand angle, un 16-35. Là j’ai commencé à réaliser des photographies de mon nouvel ami, ayant du mal à réaliser ce qui se passait (je ne photographie pas souvent des animaux sauvages au 16 mm !!!).

Mais je n’étais pas au bout de mes surprises et de mes émotions : sans me quitter des yeux, l’orang-outan a rampé jusqu’à moi, et il m’a attrapé la main, la tirant vers lui sans aucune brutalité… Le temps m’a semblé s’arrêter, c’était un vrai contact, qui s’est terminé lorsque l’un de mes amis photographe, qui était resté quelques mètres en arrière, s’est approché.

Lors de tes observations, as-tu déjà été le témoin d’une confrontation entre deux mâles ? Des interactions entre des individus qui ne se connaissaient pas ? De manière plus générale, comment l'orang-outan (sauvage) réagit-il face à l'homme ?

PK : J’ai effectivement assisté lors de mon dernier voyage, en octobre-novembre 2018, à un combat entre deux mâles. C’est une situation assez exceptionnelle, mon guide, qui fréquente les orangs-outans depuis plus de quinze ans, n’ayant assisté à ce genre de scène que deux fois.

Quant aux quelques orangs-outans totalement sauvages que j’ai aperçus furtivement depuis mon bateau, ils ont fui immédiatement.

Lors de nos échanges, tu as évoqué le fait que les populations locales des villages où tu t’es rendu n’ont pas d’animosité vis-à-vis des orangs-outans et qu’il y a même un développement de l’écotourisme aux retombées économiques positives. Peux-tu en dire plus sur ce sujet, sur ce que tu as pu constater localement ?

PK : Lorsque je suis reparti en Indonésie fin 2018, après 5 ans d’absence, j’avais une boule au ventre, et je craignais de constater que la situation des orangs-outans, dont la forêt est de plus en plus menacée par les plantations de palmiers, n'ait encore empirée.

La situation, et cela a été pour moi un immense soulagement et une grande joie, me semble fondamentalement différente : J’opère à partir d’une petite ville d’environ 5.000 habitants, où pratiquement toute la population en 2013 vivait, ou plus exactement survivait, soit de la pêche, soit en travaillant dans les exploitations de palmiers à huile, responsables de la déforestation.

Ce que j’ai constaté en 2018, c’est qu’une partie non négligeable (30 % selon mon guide) de la population de cette ville s’était aujourd’hui reconvertie dans l’écotourisme ! Les indonésiens ont semble-t-il pris conscience que leur avenir ne serait pas assuré par des sociétés internationales qui massacrent leur territoire et leur forêt pour cultiver de façon intensive les palmiers à huiles, au détriment de la population d’orangs-outans (l’homme de la forêt, il est bon de le rappeler).

Si les gens qui travaillent dans les plantations ont effectivement un, bien maigre, salaire régulier, la première conséquence a été une flambée des prix, et donc un appauvrissement du reste de la population. L’écotourisme respectueux et raisonné est une source de revenus réguliers très importante, et les orangs-outans sont le sujet que les touristes et photographes du monde entier veulent rencontrer.

Les guides sont très impliqués dans la protection des orangs-outans, la répression contre le braconnage a été considérablement renforcée, et les populations dans le parc national de Tanjung Puting sont depuis quelques années en légère progression… comme quoi rien n’est irréversible !

 

La Page Facebook de Patrick KIENTZ

‘Regards de Primates’ , de Patrick KIENTZ, aux Editions Vilo ; Facebook

‘Ours Polaire’, de Patrick KIENTZ, aux Editions Vilo ; Facebook

Evènement : Exposition 'Regards de Primates' à Crécy-la-Chappelle (77) du 16 au 24 Février 2019

 

Commentaires sur cet article

Poster un commentaire
Top