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Chouette rencontre : les plumes et le coeur

22 Mai 2019

(photo : Lancelot, la chouette effraie en action / © Mon Perroquet & Cie)

TEMPS DE LECTURE : 5 minutes env.

Chez Anigaïdo, on avait entendu parler d’une légende : celle d’une mystérieuse jeune femme que l’on pouvait parfois apercevoir dans les bois du Val de Loire, se promenant à l’aube ou au crépuscule un hibou à son poing et une chouette volant à ses côtés… On la disait même capable de parler avec ses oiseaux !

On a voulu résoudre cette énigme et on est donc parti pour cela à la rencontre d’Amandine DIOT, une passionnée d’oiseaux bien humaine, même si son aisance avec ses protégés à plumes a définitivement quelque chose de magique.

Rendez-vous était donné dans un bois calme par une belle matinée printanière. Surprise ! Amandine n’était pas venue seule… A son poing gauche couvert d’un épais gant de cuir (‘pour garder la main droite libre et pouvoir dégainer l’épée, comme le veut la tradition de la fauconnerie’) Séraphine, une mignonne femelle hibou petit-duc africain aux grands yeux orange, curieuse et fort bavarde. J’allais également par la suite faire la connaissance de Lancelot, superbe chouette effraie au beau plumage blanc-crème. Plus aventureux, lui allait volontiers se balader de branche en branche et nous accompagner depuis les cimes pendant que nous échangions tout en nous surveillant de ses grands yeux noirs. En réalité, j’étais en train de vivre une ‘chouette expérience’

Rencontre avec une passionnée au parcours riche d’expériences qui veut reconnecter les gens à la nature grâce à ses protégés à plumes.

Interview :

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LA MEDIATION ANIMALE POUR 'RECONNECTER LES GENS'

(photo : Séraphine, charmante femelle hibou petit-duc africain - © Julien PIERRE)

Peux-tu nous parler des ateliers pédagogiques et de la médiation animale, des activités qui te tiennent particulièrement à cœur et que tu proposes sur la région (Centre – en Touraine, Loir-et-Cher et Loiret) ?

Amandine DIOT : Depuis l’année dernière j’ai développé les ateliers pédagogiques dans les écoles, et depuis cette année la médiation animale auprès des EPHAD, des maisons de retraite, personnes en situation de handicap, etc… La médiation animale existe depuis des années dans ces structures mais les oiseaux y sont peu représentés. En règle générale ce sont plutôt des chats, cobayes, lapins, des petites bêtes ; le cheval commence à prendre une part importante aussi. Mon avantage c’est que je vais sur le site donc je touche des personnes qui ne peuvent plus se déplacer.

Les animaux suscitent des choses extraordinaires, des émotions. Chez les personnes âgées par exemple ça fait remonter des souvenirs et ça c’est important quand on arrive à un certain âge. Ca va piocher dans les souvenirs lointains, ça peut aussi faire rejaillir des souvenirs d’une séance sur l’autre. Soit je fais des séances totalement ouvertes où j’apporte les oiseaux, les gens en profitent le temps où je suis présente dans l’établissement ; soit on fait des séances vraiment régulières où là du coup je travaille avec le personnel soignant pour vraiment décider de travailler quelque chose en particulier : la motricité, le souvenir, des choses comme ça.

Avec les écoles, c’est autre chose. Ce qui est génial, c’est que les enfants ont le don pour te poser des questions auxquelles tu ne t’attends pas, il faut toujours être dans les starting-blocks, prête à faire feu pour répondre à une question improbable. C’est le côté fun des enfants, leur côté détaché, sans limite, il n’y a pas de borne. Ils ont cette liberté de parole et de penser.

Et pour les particuliers, adultes ou enfants, tu leur proposes la ‘chouette expérience’, c’est bien cela ?

AD : C’est effectivement une activité destinée aux particuliers et aux petits groupes. J’aime pas avoir trop de monde parce que je trouve que chacun ne peut pas assez en profiter donc je préfère limiter mes participants et que chacun en ressorte en ayant vécu quelque chose.

Je vois des gens qui viennent, qui sont pas biens, burn-out, dépression, problèmes persos, divorces, séparations, et le fait de se reconnecter aux animaux et du coup à la nature, simplement venir se balader avec les chouettes comme ça dans la nature, ils repartent ils ont le sourire, ils ont oublié leurs problèmes, il se sont reconnectés à quelque chose de plus simple et de plus sain. Ils ont laissé le téléphone portable de côté pendant deux heures, et ils repartent plus apaisés. Ils vivent quelque chose de différent.

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COLLABORATION AVEC LES OISEAUX ET LE CONCEPT D'IMPREGNATION

(photo : Amandine et Lancelot, une formidable complicité - © Julien PIERRE)

Tu as une solide expérience en matière de comportement des oiseaux (Amandine a travaillé dans de nombreux parcs en France et à l’étranger et participé à la création et la conception du spectacle  ‘Les Maîtres des Airs’ présenté au Zooparc de Beauval depuis 2012). Comment on s’y prend pour qu’un oiseau réponde aux demandes ? Peux-tu nous parler du concept d’imprégnation ?

AD : J’ai travaillé avec environ 150 espèces d’oiseaux différentes, ce qui m’ouvre vraiment au monde des oiseaux de manière générale. Un rapace ne se travaille pas du tout de la même manière qu’un perroquet qui ne se travaille pas du tout de la même manière qu’un pélican, un marabout ou un canard. Chaque espèce à ses codes et il est important de déjà connaître un petit peu l’animal dans ses comportements naturels avant de vouloir le comprendre en captivité.

Quant au concept d’empreinte, il a été mis en avant par Konrad LORENZ dans les années 30-40. Quand le poussin (ou tout être naissant) vient au monde, il s’identifie durant les premières heures de sa vie à la personne qui s’occupe de lui. Comme nous si un gorille s’occupait d’un bébé humain, et bien le bébé humain s’identifierait au gorille.

En captivité on a deux modes d’élevage. Soit on prend les œufs, on les met en incubateur et on décide d’élever les petits, ça s’appelle l’élevage ‘à la main’, où il y a forcément de l’imprégnation. Elle a des côtés positifs, avec l’oiseau qui est hyper proche, mais aussi ses revers, avec un oiseau qui arrivé à maturité peut présenter des troubles du comportement parce que du coup il s’identifie à notre espèce, alors qu’il a des besoins qui ne collent pas avec les nôtres, il peut y avoir de l’agressivité aussi en raison du territorialisme.

L’alternative est d’avoir un poussin qui a été élevé par ses parents et pris après sevrage, qui du coup a les codes de son espèce et qui est encore assez jeune pour découvrir d’autres ‘sociétés’, là on a vraiment un poussin qui arrive à avoir les langages, les codes des deux espèces et qui est beaucoup plus équilibré dans sa tête, qu’on va pouvoir tout autant papouiller ou lui apprendre des choses sans pour autant avoir les comportements déviants qu’aura un poussin élevé à la main.

Après ça dépend vraiment des espèces. Il y a des espèces dont on sait tout à fait qu’il faut laisser les petits aux parents parce qu’elles sont trop agressives. Par exemple les grands aigles, on évite de les prendre aux parents, de les incuber, parce qu’après ça fait des oiseaux un peu déséquilibrés, qui n’ont pas de repères.

REINTRODUIRE DES OISEAUX QUI ONT ETE AU CONTACT DE L'HOMME ?

(Vidéo Anigaïdo)

Et pour les espèces menacées, type vautours fauves, gypaètes, est-il possible d’imaginer qu’un oiseau qui a été au contact de l’être humain puisse ensuite être relâché dans la nature ?

AD : Il y a de grands débats sur le sujet. Chaque oiseau a vraiment un caractère différent. C’est au cas par cas qu’il faut voir ces choses là. Un oiseau qui a travaillé avec l’homme de manière assez soudée, qui a suffisamment repris ses distances en captivité, me semble tout à fait réintroductible en milieu naturel, mais il y a toujours le risque si par exemple il a vraiment très faim qu’il se rapproche de l’homme. Il ne serait pas forcément un danger pour l’homme mais les populations ne connaissant pas très bien les rapaces en ont peur. C’est la peur qui fait rejaillir un danger plus que l’animal lui-même. Un vautour, un aigle n’agresserait jamais de manière délibérée des humains. Ca fait partie des mythes et légendes. Il se rapprocherait des gens parce que dans sa tête c’est l’homme qui apporte la nourriture, il se souviendrait de ses années en captivité. Il viendrait parce qu’il y a un chat mort sur la route mais jamais parce qu’il voudrait manger un enfant. Ce sont de vieilles légendes mais qui ont la peau dure.

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BIO AMANDINE DIOT

(photo : Amandine et Séraphine la petit duchesse - © Julien PIERRE)

Amandine DIOT est comportementaliste et éducatrice d’oiseaux. Elle a notamment travaillé pour la fauconnerie du Puy du Fou et le Zooparc de Beauval, donne des cours dans des formations de soigneurs animaliers sur les oiseaux et le training, et a également écritDes jouets pour mon perroquet’, oiseaux qu’elle connaît bien et pour lesquels elle propose du conseil aux propriétaires en demande.

Avec sa société Mon Perroquet & Cie, elle propose sur toute la région Centre des ateliers pédagogiques, de la médiation animale, l’activité ‘Chouette expérience’ pour les particuliers ainsi que des activités pour les séminaires professionnels comme de l’initiation à la fauconnerie et du team-building en lien avec les oiseaux et les méthodes de training.

Le Site Web Mon Perroquet & Cie

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Amandine a également participé à notre dossier Anigaïdo sur les grands rapaces sauvages de France.

Crédit article : Julien PIERRE & Amandine DIOT

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