Guide pour sorties très bêtesEspace membre
 - Image 2

Découverte du métier de soigneur animalier

17 Juin 2019

(photo : EyupPors38 - Pixabay - CC0)

TEMPS DE LECTURE : 12 minutes env.

Un dossier complet à lire pour découvrir le métier de Soigneur Animalier

> Et pour savoir si vous avez l'étoffe d'un soigneur animalier, amusez-vous avec notre Quiz Soigneur Animalier !

Gardien d’espèces parfois sensibles et souvent menacées sur lesquelles il veille sans compter et dont il a la charge, le soigneur animalier a aussi la chance de nouer des relations quotidiennes privilégiées avec des animaux extraordinaires. De la même manière que la mission des parcs animaliers évolue pour privilégier la conservation des espèces et la meilleure prise en compte des besoins et du bien-être de leurs pensionnaires, celle du soigneur animalier évolue également vers plus de complexité et intègre désormais la pédagogie auprès du public,  la parfaite connaissance des comportements de leurs espèces ou encore la mise en place d’actions d’enrichissements pour stimuler les animaux.

Rencontre avec Jean-Michel DUPUYOO, passionné d’animaux et soigneur animalier depuis 2004 au Jardin Zoologique Tropical qui a lancé son projet de formation préparatoire au métier de soigneur animalier.

 - Image 2

L'EXPERIENCE TU ACQUERRAS !

(photo : Jean-Michel DUPUYOO au Duke Lemur Center avec des propithèques © Jean-Michel DUPUYOO)

Bonjour Jean-Michel, tout d’abord peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Jean-Michel DUPUYOO : Je travaille comme soigneur animalier au sein d’un parc zoologique du Sud de la France. J’ai intégré ce parc animalier après mes études en agronomie. L’un de mes premiers objectifs fut de devenir capacitaire, c’est à dire titulaire d’un certificat de capacité. Pour faire bref, il faut au moins un capacitaire par parc animalier. C’est une obligation administrative car sinon le parc animalier ne peut pas être exploité et ainsi recevoir des visiteurs. Mais il n’est pas obligatoire d’être capacitaire pour être soigneur animalier.

Je devais être capacitaire pour les animaux présents dans le parc animalier mais aussi pour d’autres espèces alors non présentes comme les lémuriens, les suricates et bien d’autres. J’ai alors commencé à faire des stages en France et à l’étranger. Au total c’est 34 stages effectués dans des parcs zoologiques privés ou publics, des centres de recherche et des élevages. Ces stages ont été à la base de ma formation d’animalier et aussi une expérience personnelle mémorable.

Lorsque je suis à la recherche d’un stage mon objectif n’est pas de faire du tourisme mais bien d’apprendre des meilleurs. Ceci n’empêche pas de franchir les frontières et de s’immerger dans d’autres cultures. J’ai ainsi passé deux semaines au sein du Duke Lemur Center en Caroline du Nord (Etats-Unis). Ce centre d’études attenant à une des plus grandes universités américaines est, comme son nom l’évoque, consacré à l’étude des lémuriens. De nombreux étudiants et chercheurs y séjournent pour mener des recherches sur les makis, propithèques et autres aye-ayes. Bien entendu les connaissances que l’on peut acquérir en élevage sont importantes et ce type d’endroit devrait être le point de passage pour tout apprenti soigneur animalier. Mais il n’est pas utile de partir aussi loin pour vivre une expérience extraordinaire. Il existe en France de nombreux endroits pour apprendre. Il ne s’agit généralement pas des plus grands parcs zoologiques, mais bien souvent de plus petites structures spécialisées. La base de données d’Anigaïdo peut vous aider à rechercher ces structures. Les cartes sont pratiques pour les localiser par rapport au lieu où vous vivez.

Et c’est grâce à ces nombreux stages que je suis devenu capacitaire pour de nombreuses espèces de primates, de reptiles et d’oiseaux. Et nous élevons et présentons actuellement cinq espèces de primates (singes écureuils et lémuriens) et d’autres espèces étonnantes (tortues sillonnées, wallabies et suricates) en plus d’une grande collection d’oiseaux tropicaux.

 - Image 2

ENDURANT ET SOCIABLE TU SERAS !

(photo : Animation Gorilles à la Vallée des Singes (86) - Julien PIERRE)

Quelles sont d’après toi les qualités essentielles d’un soigneur animalier ?

JMD : Un soigneur animalier doit être capable de travailler par tous les temps. C’est un métier physique et il faut être en bonne santé et endurant pour le supporter mais il faut aussi être capable de faire face à des épreuves morales. Car si l’on vit de beaux moments on peut aussi devoir gérer des situations plus difficiles. Les animaux naissent, vivent heureusement de plus en plus longtemps mais finissent par mourir. Nous, soigneurs animaliers, les accompagnons à chaque étape de leur vie.

Si le soigneur animalier est très proche des animaux, il n’est pas non plus un “ermite”. Il faut aussi être suffisamment sociable et tolérant car il travaille au sein d’une équipe et est au contact des visiteurs. Il doit savoir faire preuve de diplomatie et de politesse avec tous dans toutes les situations. Plus facile à écrire qu’à vivre ! Car être soigneur animalier n’est pas un long fleuve tranquille soyez-en certain !

 - Image 2

DES CHOUCHOUS TU AURAS !

(Photo : Jean-Michel et ses saïmiris - Jean-Michel DUPUYOO)

Profitons un peu de ton expérience et parlons de tes espèces préférées : parmi les animaux dont tu as déjà eu la charge dans ta carrière, quelle était selon toi la ou les espèce(s) que tu as trouvée(s) la/les plus dangereuse(s) ? Et les plus sympas ?

JMD : Personnellement, je ne travaille pas avec d’animaux réellement dangereux. Tout au moins en situation normale. Mais j’ai déjà été blessé durant la capture d’un lémurien. Ses dents ont traversé l’un de mes gants de cuir. Direction la clinique avec une opération à la clé. Il faut rester vigilant car l’équipement ne fait pas tout, il faut bien se former avant d’entreprendre certaines actions avec des animaux pourtant familiers.

 Durant mes stages, j’ai travaillé avec des animaux parfois très dangereux comme des grands félins, des crocodiles, mais aussi des serpents venimeux. Et au risque de décevoir nos lecteurs, je ne pense pas être fait pour manipuler cobras, mambas et autres vipères. Cela reste une bonne expérience, mais je ne veux pas en faire mon quotidien, d’autres le font très bien !

Je préfère travailler avec les petits primates comme les lémuriens, saïmiris et ouistitis. Ils sont en plus très intéressants et leur élevage constitue un challenge. J’ai aussi la charge d’animaux comme des serpents constricteurs, des couleuvres et des tortues géantes. Encore une fois ces animaux ne sont pas dangereux si l’on reste prudent. Mais il ne faut jamais prendre un travail à leur contact à la légère.

J’entretiens des relations privilégiées avec les singes que j’ai élevés aux biberons. Lorsque des mamans n’élèvent pas leurs bébés - ceci reste très rare heureusement - je prends le relais. Je m’en occupe quotidiennement durant plusieurs mois avant de les réintégrer dans leur groupe. Se lever 3 à 4 fois par nuit pour préparer du lait cela génère du lien ! Alors ces animaux sont particulièrement proches de moi. Et je les aime davantage que d’autres c’est un fait. Mais il faut toujours rester vigilant par la suite lorsque les bébés deviennent des adultes avec des comportements de domination. Une morsure n’est alors pas à exclure.

POLYVALENT TU DEVIENDRAS !

(Vidéo :  Enrichissement du milieu pour un groupe de suricates - Préparation soigneur animalier sur Youtube)

Quand on parle de soigneur animalier, on parle de zootechnie, d’enrichissement, de ‘medical training’ ou encore d’éthologie. Peux-tu nous expliquer la signification de ces différents termes ? Quelles sont les différentes facettes de ton métier ?

JMD : Le métier de soigneur animalier est pluriel. L’entretien des installations et le nourrissage des animaux représentent l’essentiel des activités confiées. Et l’on doit accomplir perpétuellement une même routine, à heure et à jour fixes. Mais les responsabilités ne sont pas les mêmes en fonction du poste et de l’établissement. Certains soigneurs animaliers ont plus ou moins d’autonomie dans leur travail, mais ils sont toujours encadrés par un responsable animalier ou par le directeur. Parfois les soigneurs animaliers sont aussi animateurs et s’adressent aux visiteurs pour faire passer des messages pédagogiques. Ces actions ont lieu durant des présentations et autres nourrissages commentés.

Pour être efficace sur les divers postes de travail, il est important de disposer de bonnes connaissances zootechniques (c’est à dire en nutrition, santé animale, hygiène) et d’éthologie (qui désigne la science du comportement animal). Ces connaissances aident à distinguer un événement normal d’un autre qui est alarmant. C’est le “coup d’oeil”, c’est à dire une juxtaposition de connaissances et d’expérience, qui permet bien souvent de prendre en charge à temps un animal malade. Mais attention, être soigneur animalier ne signifie pas être vétérinaire. Lorsqu’un animal est malade un vétérinaire doit l’examiner. Le soigneur animalier n’est ni compétent ni autorisé pour prescrire tel ou tel traitement. Mais le soigneur animalier peut aussi faciliter l’action du vétérinaire en mettant en place et en entretenant un “medical training”. Ce terme désigne un dressage qui a pour but de mener l’animal à collaborer durant des contrôles de son état de santé : vérification de la santé des dents, prise de sang, inspection des sabots, pesée, … Le “médical training” permet alors de s’affranchir de nombreuses captures. Cet entrainement évite des situations stressantes pour le soigneur animalier et pour l’animal, situations qui pourraient également être dangereuses pour l’un et l’autre.

Depuis quelques années, ce métier évolue au même titre que les parcs zoologiques eux-mêmes. De plus en plus de connaissances sont nécessaires pour permettre d’améliorer les conditions de vie des animaux captifs. C’est notamment le but de l’enrichissement du milieu. Par enrichir le milieu on entend introduire et renouveler des éléments qui vont stimuler les animaux, mais sans les stresser. Cela va permettre à des comportements naturels de se manifester. Les animaux sont plus actifs et s’ennuient beaucoup moins. 

Enfin je pense que le savoir permet de trouver et de donner un sens à son métier. Et apprendre constamment entretient la motivation.

 - Image 2

QUEL CURSUS DE FORMATION POUR DEVENIR SOIGNEUR ANIMALIER ?

(photo : Pas de fast-food pour ce unau ! - FotoshopTofs - Pixabay CC0.jpg)

Quel est aujourd’hui le cursus de formation pour devenir soigneur animalier ? Existe-il des formations diplômantes et quels sont les débouchés possibles ?

JMD : En France, les premières formations sont apparues à la fin des années 1990. D’abord peu nombreuses, elles se sont multipliées à mesure que le métier de soigneur animalier devenait de plus en plus populaire. Actuellement, une dizaine d’écoles et de centres de formation existent dans notre pays. Ces formations sont généralistes et la spécialisation se fait avec l’expérience. Néanmoins toutes ces formations accordent de plus en plus d’importance à la pédagogie. En effet, le soigneur animalier devient aussi animateur lorsqu’il vient à animer des nourrissages commentés ou lorsqu’il guide des groupes sur les allées du zoo.

Certaines formations délivrent un titre professionnel mais la plupart ne sont pas reconnues. Ceci ne signifie pas qu’elles n’ont aucune valeur. Ainsi il est important de se renseigner sur la reconnaissance professionnelle des formations que vous visez car c’est cette reconnaissance professionnelle qui doit motiver le choix de formation.

S’il est encore possible de devenir soigneur animalier sans être passé par une école spécialisée, il faut admettre que de nombreux recruteurs sélectionnent les candidatures sur ce critère.

Pour finir quels seraient tes conseils à quelqu’un qui souhaite se lancer dans ce métier ?

JMD : Il faut se rappeler que l’on peut aimer les animaux sans être pour autant disposé à être soigneur animalier. Être soigneur animalier c’est un mode de vie qui ne convient pas à tout le monde. Et il existe de nombreuses possibilités dans le monde associatif pour se rapprocher des animaux sans en faire son métier.

Soigneur animalier vous l’aurez compris n’est pas un loisir. Il faut aussi être prêt à travailler durant les week-ends et les vacances scolaires. Il faut aussi bien mesurer l’impact de ce métier sur sa vie personnelle. Enfin, le métier de soigneur animalier n’est pas très rémunérateur.

Rien de tel que des stages pour mettre vos motivations à l’épreuve. Vous pouvez faire ces stages durant votre scolarité. Adressez-vous alors à l’administration de votre école. Si vous n’êtes plus scolarisé vous pouvez demander une PMSMP auprès de Pôle Emploi ou de la Mission Locale.

Afin d’aider les prétendants soigneurs animaliers, j’ai créé en Septembre 2018 une formation à distance et par webinaires. Cette formation a deux objectifs. Tout d’abord valider un choix d’orientation, car malgré une forte médiatisation le métier de soigneur animalier est encore peu connu. Le second objectif est d’acquérir des connaissances théoriques pour faire la différence lors des entretiens d’admission aux écoles de soigneur animalier car les écoles de soigneurs animaliers sont très demandées. Ce sont parfois 300 candidats qui rivalisent pour les 15 à 20 places disponibles ! Des connaissances théoriques et une culture professionnelles sont alors des atouts majeurs.

Merci Jean-Michel, souhaitons bon courage aux passionnés qui veulent se lancer  dans ce beau métier et passe le bonjour aux suricates  !

Pour en savoir davantage sur la formation Préparation soigneur animalier vous pouvez consulter le site www.formationsoigneuranimalier.fr

Commentaires sur cet article

Poster un commentaire
Top