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Photo d'une maman rhinocéros blanc et son petit par Thomas PIERRE

Rhinoceros, la corne de la discorde

14 Novembre 2018

(photo : Rhinocéros blanc / Thomas PIERRE)

L’impensable a fini par arriver en Mars 2017 : des criminels ont pénétré une nuit dans le Safari Zoo de Thoiry au Sud de la région parisienne et ont tué à l’arme lourde Vince, un jeune rhinocéros blanc âgé de 5 ans, pour lui voler sa corne. On pensait le braconnage des rhinos circonscrit aux quelques régions où il vit encore à l’état sauvage mais avec une valeur estimée à 30.000 € le kilo, sa corne composée de kératine, la même matière que les ongles, est devenue une malédiction sans frontière pour tous les rhinos du monde, qui n’avaient pas besoin de ça au regard de la situation déjà critique de leurs populations.

UN ANIMAL FASCINANT – RHINO, DIS-MOI QUI TU ES

Le rhinocéros est un animal trapu et puissant aux membres courts. Il est très lourd, se disputant avec l’hippopotame (mais derrière l’éléphant) le titre du plus gros mammifère terrestre. Ses pattes sont dotées de trois doigts dont chacun se termine par un sabot. Sa peau nue fait plus de 2 cm d’épaisseur, un cuir épais et protecteur dans lequel se nichent de nombreux insectes parasites dont il tente de se protéger en prenant régulièrement des bains de boue et dont raffolent les oiseaux pique-bœufs qui viennent l’en délester.  Le héron garde-bœufs, oiseau blanc et rose aux formes élancées, a lui carrément développé une relation d’association gagnant-gagnant avec le rhino : installé sur le dos de son hôte et telle une sentinelle, il s’agite et bondit quand il voit un danger, un système d’alarme efficace qui compense la myopie et le strabisme de notre ami corné. Le volatile profite pour sa part du transport gratuit et se nourrit des volées de sauterelles qui s’envolent au passage du rhino ou se groupent sur ses excréments. Si sa vue est très mauvaise, le rhinocéros possède par contre une très bonne ouïe et surtout un excellent odorat. Sa lourde et grosse tête est dotée de une (espèces indienne ou de Java) ou deux cornes (rhinocéros blanc, rhinocéros noir et rhinocéros de Sumatra), une extension composée de kératine qui poussera au sommet de son nez tout au long de sa vie.

REDOUTABLES COMBATS DE MÂLES

Animal plutôt sociable, le jeune rhinocéros va rester proche de sa mère jusqu’à ce qu’elle ait un nouveau petit après 14 à 16 mois de gestation. En vieillissant, les mâles deviennent solitaires et territoriaux, se battant entre eux à coup de cornes pour la suprématie et marquant les limites de leur territoire par des jets d’urine et des monticules de crottes pouvant atteindre un mètre de haut. Les rhinocéros se nourrissent d’herbes, de plantes qu’ils déracinent et de bourgeons qu’ils affectionnent particulièrement. Plutôt placide et farouche, le rhinocéros demeure dangereux car il est imprévisible et irritable, capable de charges soudaines à l’aveugle tête baissée avec des pointes à 50 km/h et dans la seconde qui suit, se remettant à brouter paisiblement. Dans ses mouvements d’humeur, il s’attaque aux autres animaux, termitières, arbres ou voitures sans distinction.

Les ancêtres des rhinocéros actuels seraient apparus il y a environ 30 Millions d’années et les hommes préhistoriques européens ont côtoyé le rhinocéros laineux lors de la dernière glaciation jusqu’à ce qu’il disparaisse il y a 8.000 ans. Couvert d’une toison épaisse qui le protégeait du froid des plaines eurasiennes, ce géant était doté de deux longues cornes qui poussaient sur sa tête massive et il mesurait 3,5 m de long pour une hauteur au garrot de 2 mètres.

Subsistent à ce jour 5 espèces de rhinocéros, malheureusement toutes menacées d’extinction.

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LE RHINOCEROS BLANC (quasi-menacé)

(Photo : Rhinocéros blanc / Julien PIERRE)

Le rhinocéros blanc est le géant de la famille. On le trouve principalement dans les savanes du Sud de l’Afrique et également dans l’Est africain où quelques individus subsistent. Pouvant atteindre 4 mètres de long pour un poids de 4 tonnes, c’est un des plus grands mammifères terrestres. Il a une grosse bosse marquée au niveau des épaules. Sa lèvre supérieure est très large et est couplée à sa lèvre inférieure dure et cornée, lui permettant ainsi de brouter aisément. Pour le rhinocéros blanc du Sud, on parle de 20.000 individus vivants en Afrique du Sud, qui concentre 80 % de la population, le braconnage en décimant 1.000 par an... Pour la sous-espèce du Nord en revanche, la disparition semble inexorable puisque le dernier mâle s’est éteint en Mars 2018 et ne subsistent plus que deux femelles, même si un espoir de fécondation in vitro demeure encore avec la semence du dernier patriarche qui a été conservée.

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LE RHINOCEROS NOIR (en danger critique d’extinction)

(Photo : Rhinocéros noir / JULIAN MASON - Flickr - CC BY 2.0)

Un peu plus petit que le rhinocéros blanc, le rhinocéros noir mesure jusqu’à 3,10 m de long et pèse jusqu’à 1,3 tonnes. Il se différencie également de son cousin par sa lèvre supérieure qui est pointue et préhensile, qui comme une mini-trompe lui permet de saisir les rameaux et les pousses qu’il attire à sa bouche pour les broyer avec ses molaires. On le trouve dans quelques savanes d’Afrique centrale et du Sud. Sa population sauvage ne compte que 3 à 4.000 individus. Il existait quatre sous-espèces, dont une, Diceros bicornis longipes, a été déclarée éteinte en Novembre 2011.

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LE RHINOCEROS UNICORNE D’INDE (vulnérable)

(Photo : Rhinocéros indien / Julien PIERRE)

Le rhinocéros indien se distingue des autres espèces par sa corne unique et sa peau qui forme des  grandes plaques cornées et couvre son corps comme une armure cuirassée. Il mesure jusqu’à 3,80 mètres de long pour un poids de 2 tonnes. Les mâles ont de grosses incisives en forme de défense qu’ils utilisent pour combattre leurs rivaux pendant la saison du rut. On le trouve dans les régions marécageuses reculées du Nord de l’Inde et du Népal, notamment les forêts et zones de hautes herbes qu’il affectionne particulièrement. Sa population sauvage compterait environ 2.700 individus.

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LE RHINOCEROS DE JAVA (en danger critique d’extinction)

(Photo : Rhinocéros de Java - FlickR - Biodiversity Heritage Library - CC BY-SA 2.0)

Le rhinocéros de Java, ou rhinocéros de la Sonde, n’a qu’une seule corne , mesure jusqu’à 3,50 m de long et pèse jusqu’à 2 tonnes. Il est – et a toujours été - un des gros mammifères les plus rares au monde. Sa peau grise et granuleuse ressemble à une armure et constitue avec ses plis caractéristiques comme une selle atour de son cou. Farouche, solitaire, et vivant dans des mangroves et forêts humides difficiles d’accès, il est quasiment impossible à observer, sauf par les braconniers qui eux savent où le trouver et ont quasiment décimé cette espèce autrefois largement présente en Asie du Sud Est. Survivant uniquement dans le parc national Ujong Kulon à l’Ouest de l’île de Java, il ne resterait plus qu’entre 40 et 100 individus à l’état sauvage et aucun en captivité, à laquelle il est incapable de s’adapter. Tous les efforts de conservation de cette espèce protégée sont donc concentrés sur la population du parc.

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LE RHINOCEROS DE SUMATRA (en danger critique d’extinction)

(Photo : Rhinocéros de Sumatra au Zoo de Cincinnati / Wikimedia Commons - Ltshears - CC BY-SA 3.0)

Descendant direct du rhinocéros laineux préhistorique, le rhinocéros de Sumatra est rarissime. Petit frère de la famille rhino, son corps est recouvert de poils bruns-rouges. Solitaire et secret, il arbore deux petits cornes et mesure 2,50 à 3,20 m de long pour un poids de 800 kilos. Il vit caché aujourd’hui dans les forêts tropicales des îles de Sumatra et Bornéo et serait encore présent en Birmanie mais sans aucune certitude ni observation récente. En danger critique d’extinction, le WWF estime à une centaine le nombre d’individus répartis entre Sumatra et Bornéo. Tout en menant des actions pour tenter de lutter contre le trafic de cornes et préserver son habitat menacé par le trafic illégal de bois, les mines et l’agriculture, le gouvernement local et les associations essaient également de sauver l’espèce en encourageant sa reproduction dans des zones protégées et sanctuarisées. 

MEDECINE ASIATIQUE ET CRIME ORGANISE

(Vidéo : extrait du documentaire 'Rhino Dollars')

La corne de rhinocéros, toujours très recherchée en Chine et au Vietnam, fait l’objet d’un des trafics les plus rentables du monde tenu par les mafias sud-africaines et chinoises. Sur ce sujet, regardez le reportage ‘Rhino Dollars’ d'Olivia Mokiejewski, formidable enquête d’1h30 pour comprendre les rouages de ces trafics.

Dans la médecine traditionnelle chinoise, on prête à la corne du rhinocéros de puissantes vertus curatives et aphrodisiaques. Elle est réduite en poudre et dissoute dans des breuvages sensés soigner la fièvre, la vieillesse ou l’impuissance. Au Yémen, on sculpte la corne pour en faire des poignards traditionnels. Au Vietnam, plaque tournante du trafic entre les braconniers et trafiquants sud-africains et les acheteurs chinois, la corne de rhinocéros est un signe d’apparat, le marqueur social d’une élite qui en consomme pour soigner le cancer (!), améliorer les performances sexuelles ou encore soigner la gueule de bois – bref, une poudre miracle à la mode vendue plus cher que la cocaïne et consommée par les plus riches sans qu’au final aucun de ces prétendus effets n’ait jamais été médicalement prouvé.

Le 29 Octobre 2018 et après 25 ans d’interdiction, Pékin annonçait même autoriser à nouveau l’utilisation des os de tigres et de corne de rhinocéros à des fins médicinales, avant finalement de revenir sur cette décision le 12 Novembre face au tollé international de nombreuses ONG environnementales provoqué par cette décision. C’est du moins le commerce international qui demeure finalement interdit puisque le commerce de ces produits est lui parfaitement légal et même encouragé sur le marché intérieur chinois…

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LA SAUVEGARDE DES RHINOS

(Image : Logo de l'ONG Save The Rhino)

La sauvegarde et la conservation des rhinocéros est complexe car elle se joue à de multiples niveaux, des combats dans lesquels sont engagées depuis longtemps de nombreuses organisations de protection de la nature qui mettent en place des initiatives pour tenter d’enrayer ce déclin. Véritable bataille meurtrière contre le crime organisé en Afrique du Sud où le gouvernement tente de regagner un peu de crédibilité, elle passe aussi par l’éducation des populations locales qui braconnent pour sortir de la pauvreté, la sauvegarde de territoires ravagés par la déforestation, et l’arrêt de la consommation de cornes de rhinos des pays asiatiques (là, c’est pas gagné…).

Il y a également les sanctuaires et centres de conservation qui tentent de perpétuer les espèces, avec aussi un vrai rôle à jouer par les parcs animaliers dans le monde. Mentionnons ainsi le cas d’Olmoti, une femelle rhinocéros noir née au Royaume-Uni dans le zoo de Flamingo Land Park et qui va rejoindre en Novembre 2018 quatre autres congénères dans un zoo tchèque. Tous vont ensuite être réintroduits d’ici un an au Rwanda dans le parc national Akagera Park, un sanctuaire où le braconnage a baissé de 97 % en 3 ans. Ces animaux ont été soigneusement sélectionnés pour apporter de la diversité génétique aux populations sauvages locales et montrent concrètement le rôle de conservation important des parcs zoologiques.

Faut-il couper leurs cornes pour que les rhinocéros survivent ? Espérons que les générations futures auront encore la chance d’admirer ces formidables animaux - et de préférence avec la corne qui les caractérise. 

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